L’immersion dans le Carême –
Comme dans une eau très chaude ou très froide, nous entrons lentement, pour que notre corps et notre âme s’habituent, dans la sainte période du Carême. Le temps du Carême est celui de l’immersion dans la Parole de Dieu et dans la grâce de l’Esprit. Toutefois, le dimanche du Jugement ultime et redoutable marque, non le début, mais le terme irréversible de toute l’histoire humaine, de l’histoire de l’Église, de celle de nos paroisses, ainsi que le terme de notre histoire personnelle. Point d’arrivée, ce jour est également le premier de la vie éternelle promise aux justes et aux pécheurs. Le saint Carême prépare et initie au Jugement.
La responsabilisation de l’homme
Nous-mêmes, ainsi que nos contemporains, particulièrement ceux qui détiennent le pouvoir en ce monde, vivons de façon souvent irresponsable. Nous vivons comme si nous n’avions de comptes à rendre à personne. Nos pensées, nos paroles et nos actes nous semblent sans conséquences, et nous n’imaginons pas, la plupart du temps, qu’il nous en sera demandé raison. « Qu’as-tu fait de ton frère ? », demande déjà Dieu à Caïn. Et il y aura beaucoup de « qu’as-tu fait ?» ce jour-là. Le Carême a ainsi une dimension « eschatologique », comme on dit, c’est-à-dire qu’il est orienté vers l’accomplissement de tout.
La prière pour le monde
Aussi prions-nous les uns pour les autres, et en particulier pour ceux qui sont à la tête de nos pays respectifs ; et nous demandons au Seigneur d’être indulgent à leur égard et au nôtre. Certains conflits actuels, qui font la honte de la planète, ont été initiés précisément ce dimanche du Jugement et durent depuis maintenant des années, en toute impunité. Mais il y a un jugement… Et, pour chacun, pour moi, pécheur, pour toi, pour lui, pour eux, il y a un jugement. Cet évangile nous rend responsables devant le Créateur. Il fait également de nous les avocats du monde. Nous demandons, non seulement que le Seigneur nous accorde la grâce du repentir et fasse miséricorde à nos innombrables fautes, mais encore pour que soient pardonnés ceux qui se préparent à la redoutable parole : « loin de moi ! »
La religion de Jésus Messie
Le Christ Seigneur, par la parole de ce dimanche, confirme la définition de la religion qu’Il a commencé à élaborer après son baptême. Rappelons-nous de la succession des évangiles dominicaux : l’appel à la conversion, l’exemple de Zachée, de la Cananéenne, du Pharisien et du Publicain, du Fils débauché et du Fils aîné. Le message est toujours le même : la religion qu’enseigne notre Maître est celle qui nous tourne vers sa propre personne, par le changement de nos pensées, par la purification de notre vie – celle qui nous donne accès à l’amour du Père.
La religion du Messie est celle d’une manière de vivre, celle du mode divin d’exister : communion avec le Père par le Fils et l’Esprit, et communion avec les frères. Cette définition éclate aujourd’hui quand le Messie et Seigneur nous invite à le rencontrer en Personne dans notre prochain : ce que vous avez fait à autrui, c’est à moi que vous l’avez fait ! La religion du Christ repose sur sa présence personnelle dans ce monde par le saint Esprit et sur l’amour que nous lui manifestons.
La place de la vie sacramentelle
Bien entendu, les gestes sacramentels ont toute leur valeur : « Faites ceci en mémoire de moi » concerne, non seulement l’Eucharistie, mais le Baptême, l’Onction des malades, l’Ordination presbytérale, le Couronnement des époux et, d’une façon générale, toute la tradition cultuelle dont nous avons hérité depuis la première Église. La période du Carême est particulièrement riche dans le domaine liturgique et sacramentel. Mais, il sera sage et juste de se souvenir que le moindre des rites que nous accomplissons suppose la définition de la religion donnée par le Christ : l’intériorité d’un cœur sincère, le dévouement au Père et aux frères ainsi qu’au prochain.
Chaque sacrement est celui de la présence invisible du Seigneur Amour. De cette religion de l’amour et de la dévotion parfaite, le Sauveur donne, non seulement la définition par tout son enseignement, mais encore l’exemple ultime, par sa sainte et vivifiante Croix et par sa Résurrection – triomphe par excellence de l’amour divin.