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L’Homme, révélation de l’amour du Père

L’Homme théophane –

L’être humain est le vivant en qui Dieu se révèle par excellence comme amour paternel, la seule créature à avoir dans le Fils un caractère hypostatique, être « théophanique » par excellence et incomparablement plus que le cosmos, que les chérubins et les séraphins eux-mêmes, comme le chante l’hymne à la Mère de Dieu. L’Homme, souligne Christos Yannaras, est, non pas « une des créatures qui composent le monde, mais une créature que la volonté de Dieu distingue de toutes les autres pour qu’elle soit image de Dieu dans le monde, ce qui signifie : manifestation, apparition et représentation immédiate de Dieu » (Christos Yannaras, « La Foi vivante de l’Église », Le Cerf, Paris, 1989, p.78.).

L’Homme, projet divin

L’Homme est également la révélation du projet divin d’humanité et du vouloir créateur de Dieu. Il y a en Dieu un vouloir qu’existent d’autres êtres que soi : c’est de ce vouloir généreux (« logos » de saint Maxime) que l’Homme est la manifestation ; l’Homme est dans ce sens, à la fois « théophanique » – manifestation du vouloir et du projet divins -, et « anthropophanique », révélation de la nature humaine. La célébration du saint Baptême du Christ le 6 janvier n’est pas seulement la révélation de Dieu Trinité : elle est la révélation de l’Homme. Et, nous semble-t-il, sacramentellement parlant, toute célébration du saint baptême comporte cette dimension anthropophanique, manifestation du logos de l’Homme, et de l’insondable et divine sagesse dont il est le « phénomène ».

L’Homme révélé

L’Homme est l’Homme révélé. Il n’est pas seulement  ; il ne se définit pas seulement par son « dasein » existentialiste, suivant l’expression d’Edmund Husserl reprise par Jean-Paul Sartre dans « l’Être et le Néant ». Son existence n’est pas contingente : elle est voulue par Dieu et elle constitue la réponse personnelle à cet appel divin. Et la volonté de Dieu que l’Homme existe est éternelle. Celui-ci est l’icône du projet humain de Dieu, révélation du logos éternel de l’Homme en Dieu. Ou plutôt : ce n’est pas seulement là sa nature (« ousia »), prévue en son « logos », sa « raison » ou « verbe » ; mais telle est sa vocation, comme le disent les saints Pères, en particulier saint Maxime ; telle est sa réalisation en Christ, le Dieu-Homme, son « telos » : le « logos » de l’Homme est appelé à s’accomplir dans le Logos de Dieu « incarné » suivant le terme employé par le symbole de Nicée – ou encore « humanifié » ou « humanisé », « devenu Homme ». Saint Grégoire de Nazianze (Or.29, 18), saint Jean Damascène (F.O., 4, 14) et saint Maxime le Confesseur (Amb., PG 91, 1113B), emploient le verbe « anthropizomai »,  « humaniser », « humanifier » ; Théodore le Studite  (Antirr. I, 4), a la belle expression « Dieu humanifié ».

Le devenir humain

Tel est l’accomplissement du devenir de l’être humain – un devenir qui se parfait dans la révélation de l’Homme : l’Homme s’accomplit en se révélant comme Homme, en devenant ce qu’il est, dans la vérité (alètheia) de son « logos », qui est également la vérité  du Logos de Dieu, cet accomplissement étant toujours l’accomplissement du dessein de Dieu. L’Homme, dans son devenir, est simultanément révélation de sa propre essence humaine, non pas éternelle en elle-même, mais prévue dans son logos éternel, et révélation de l’unique vouloir de la Trinité : c’est pourquoi le Fils de l’Homme appelle « frères » ceux qui font la volonté du Père (Mt.12, 50), c’est-à-dire qui s’accomplissent comme êtres humains dignes de ce nom.

(Extrait du « Sacrement de l’Homme », livre à paraître de l’a.p. Marc-Antoine Costa de Beauregard).