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Le chrétien et la violence sociale

contre le racismeDallas –

Nous avons pu voir les images des récents affrontements raciaux : un homme qu’on arrache à sa cachette pour le tuer à bout portant ; à la suite de cela, une affreuse embuscade de rue et plusieurs policiers fusillés du haut des immeubles. Triste spectacle révélant une accumulation de haine et de ressentiment… Dans une société divisée, des citoyens se font justice eux-mêmes et règlent leur compte à leurs ennemis. Quelle faillite de la constitution civile ! Que de souffrances, non seulement par la mort et les blessures infligées aux proches, mais encore par les humiliations subies d’un côté comme de l’autre ! Que de nuages menaçant nos sociétés, pour bientôt, de guerre civile…

Etre chrétien

Les saints, versant, à la suite de leur Maître, le Seigneur Jésus Christ, des larmes de compassion pour leurs frères humains, pour toute cette folie, la bêtise et le temps perdu, se sentent appelés au repentir. Ils ne se considèrent pas innocents des méchancetés montrées sur le petit écran ou sur Facebook. Le péché social et personnel dont ils voient l’image médiatisée, ils le considèrent  comme le leur ; par le jeûne et la prière, ils montent eux-mêmes sur la Croix pour le monde, pour leurs contemporains noirs et blancs.

Qui oserait, en effet, s’affirmer innocent ? Cette méchanceté, ce racisme, ce mépris des autres, sont les miens. J’en fais pénitence et me les approprie. Ce péché est mon péché. Dans toutes nos églises, et en ces circonstances de deuil, on peut profiter des jours de jeûne que sont le mercredi et le vendredi, pour inviter à une prière spéciale, la lecture du psautier, un acathiste à la Mère de Dieu ou à saint Nicolas, par exemple. Ainsi prend-on en charge l’actualité. Le journal quotidien, les informations de 20.00, entrent dans la prière de l’Eglise. Et chacun, dans sa chambre, peut supplier le Seigneur de lui remettre à lui-même les péchés qu’il a vu au dehors. Le chrétien aide le monde en extirpant de son cœur les racines des maux qu’il voit autour de lui. La prière pour le monde est d’abord un repentir pour le monde.

La citoyenneté

Le chrétien, étant, par la volonté de Dieu, citoyen de ce monde, envoyé dans le monde tout en n’en étant pas, peut agir dans la société par tous les moyens que lui fournissent les lois de ce monde – chaque fois qu’elles ne sont pas contraires à la volonté divine. Par exemple, il ne serait pas béni par Dieu de prendre les armes pour riposter aux armes. Mais tout ce que nous pouvons faire par le biais de la législation pour que la société soit plus humaine appartient à la mission des chrétiens dans la société civile. Le chrétien vote, élit et est éligible. Il a en main les instruments d’une action sans violence en faveur de ses frères humains.

Il ne faut pas dire qu’on ne peut rien faire, ce serait un péché. Mais, après avoir prié, et en conservant l’esprit d’un repentir véritable, c’est-à-dire en étant sans jugement à l’égard des personnes, on peut déjà faire, non tant ce qu’on doit faire, que ce que l’on peut faire. Cela commence par l’éducation des enfants à la maison et à l’école ; cela peut se continuer par l’action associative, la participation à la vie électorale sans s’identifier pour autant à quelque parti que ce soit – l’engagement des saints est circonstancié, car ils sont déjà engagés par le programme évangélique.

L’Innocent

Ne disons pas que Dieu ne fait rien. Ne pensons pas que Dieu est indifférent à la souffrance des hommes, et que nos préoccupations sociales ne sont pas les siennes : qui oserait nier les conséquences objectives de l’Incarnation de Dieu ? Seuls ceux qui ne connaissent pas Dieu peuvent affirmer qu’Il est absent ou insensible – oser dire que Dieu est inhumain ! Non : ne disons pas cela ; nous sommes des croyants, des disciples de Jésus Christ. Reconnaissons plutôt que, le Seigneur ayant manifesté la plénitude de sa vérité, de sa sagesse et de son amour dans sa Personne divino humaine et par son Evangile, les hommes peuvent user de leur liberté pour ne pas suivre sa volonté pourtant clairement exprimée. La balle – comme on dit – est dans le camp des hommes. Car le Seigneur a déjà fait le maximum en se faisant homme, en montant sur la Croix, en traversant notre horrible mort, en nous glorifiant nous-mêmes à la droite de son Père, et en demeurant présent jusqu’à la fin des temps dans son Eglise et dans son monde par le saint Esprit.