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Devons-nous transmettre la Foi ?

Transmettre ce qu’on a reçu – 

Nous avons reçu la Foi, comme expérience subjective – je mets toute ma confiance dans le Seigneur Jésus ! – et comme contenu – « je crois, Seigneur, et je confesse que Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant venu en ce monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier ! »

Notre responsabilité est de transmettre ce que nous avons reçu : l’expérience de la confiance en Dieu et la richesse du dépôt, c’est-à-dire l’Orthodoxie, la foi orthodoxe ou « vraie foi », et le mode de vie correspondant. Notre devoir est de passer le flambeau des Apôtres et des Pères à nos enfants et à ceux qui nous entourent, « leur apprenant à garder tout ce que le Christ nous a enseigné » (Matt 28, 20).

La tâche d’enseigner

Ce devoir de transmission et d’enseignement s’exerce tout d’abord à l’égard des enfants : la famille est le milieu privilégié de la transmission du « dépôt » ou patrimoine de la foi. Cette mission doit consister un véritable souci pour les adultes, non seulement les parents, mais les membres de la famille élargie, de la paroisse, du diocèse et de l’Église entière. Le Christ a tout de même exprimé ce défi : « le Fils de l’Homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8). Notre devoir est la transmission de l’« orthodoxie », vraie foi, la véritable connaissance de Dieu : l’expérience ascétique (pratique des commandements, repentir et jeûne, prière de l’Église), liturgique (comment s’adresser ensemble à notre père commun, le Père céleste) et théologique (ce que le Seigneur a révélé de lui-même, de l’homme et du monde).

L’intégrité et la modernité

Nous sommes responsables de l’intégrité de la transmission ou « tradition » : que le dépôt apostolique et patristique reçu du Christ ne soit modifié ou déformé en rien, ni par des adjonctions hétérogènes ni par des appauvrissements, ni par la complaisance à des modes, ni par le relativisme, ni par des formes de syncrétisme. Un danger existe, qui constitue également une déformation, c’est l’intégrisme ou le traditionalisme, étrangers à l’action du saint Esprit qui, toujours, à chaque époque, dans chaque peuple, et pour chaque personne, inspire la « contextualisation », le renouveau et la redécouverte vivante du dépôt initial. Ni modernisme, ni intégrisme : comme c’est difficile ! Une vraie modernité dans le saint Esprit, c’est la vie de la Tradition. La vraie « garde » du dépôt n’est pas frileuse ou peureuse. La modernité est, en fait, synonyme d’intégrité authentique, car le Christ a légué aux Apôtres un dépôt bouleversant de vérité et de vie, auquel on pourrait ne communier qu’avec larmes.

L’action du saint Esprit

La transmission de la foi, comme expérience personnelle et comme révélation, se fait par l’action du saint Esprit. Celui-ci agit à la fois en direction du cœur conscient de chaque personne, et par le témoignage de ceux qui croient. L’Esprit saint agit directement et indirectement. L’Église – diocèse, famille, paroisse, monastère – est l’organisme de la transmission de la foi comme connaissance du Dieu vivant et vie en lui, réactualisée sans cesse. C’est pour cette raison que l’on baptise les enfants et les adultes : pour que leur soit transmise la connaissance parfaite de la vérité et la vie dans le Christ par le saint Esprit.

La vie avant la doctrine

En ce sens, la transmission ne dépend pas seulement de moyens humains : pédagogie, catéchèse, conférence, explications. La foi a un contenu doctrinal (divinité du Seigneur Jésus-Christ, triple unité de la Divinité…) mais elle ne se réduit ni à une doctrine ni à une idéologie ni à une théorie. La foi est la vie consciente du Fils de Dieu en nous par le saint Esprit, la connaissance du Père par le Fils et la vie du saint Esprit comme assimilation continuelle du message et de l’exemple du Fils. Elle correspond alors à un mode divin d’exister, un comportement en référence permanente avec le Christ notre Seigneur.

La transmission par l’exemple

Pour ces raisons, la foi, sans préjuger de l’action directe du saint Esprit dans son approche délicate et respectueuse des cœurs, se transmet principalement par l’exemple et deuxièmement par la parole. La conviction naît de la cohérence des deux. L’exemple et la parole concernent le comportement (manifestation de l’amour du Christ), l’exemple de la prière personnelle et communautaire (initiation à la prière liturgique) et le témoignage personnel de l’expérience de Dieu. La dimension didactique de la transmission est très petite. La dimension expérimentale est la plus importante : c’est là que le saint Esprit agit le plus. L’enseignement sert seulement à vérifier et à interpréter le vécu. Par le saint Esprit, les disciples du Christ agissent d’abord et parlent ensuite. Ils « font la volonté du Père » et apprennent aux autres à faire de même (Luc 6, 46). La tradition du Christ est une pratique, un comportement divin ; le verbe « faire » est un des plus fréquents dans l’Évangile. Et l’apprentissage est mimétique : « Suis-moi ! »,  dit Jésus Christ. On apprend à voir ce que Dieu fait pour nous et pour son monde et à l’imiter.

La tradition comme immersion

L’expérience que le Verbe propose à ses disciples est immersive. La personne est plongée dans la vie divino humaine du Christ. Elle est immergée dans l’Église. Et l’Esprit saint agit en situation immersive. L’immersion dans la Parole pleine du saint Esprit est cohérente avec l’assimilation de la Parole pleine du même Esprit par l’écoute, la mémorisation, la consommation eucharistique et la restitution de cette Parole sous forme d’action. Expérience immersive, la transmission de la Foi se fait dans le milieu divino humain où a lieu la transfusion de la vie divino humaine du Christ et des saints. Nous apprenons en étant immergés dans la Parole, notamment par les récits (cf. Ps. 77) et les prières bibliques (psaumes et hymnes). Ce n’est pas une loi ou une morale extérieure qui font le chrétien : c’est le mode de vie liturgique et sacramentel, l’exemple des justes et des saints de la Bible et du saint Évangile qui l’accomplit ; la rencontre de saints récents ou contemporains. Par l’immersion dans la culture biblique et ecclésiale, l’homme apprend, en émergeant, à voir le monde et les hommes avec les yeux du Christ.

Le plus difficile

Que l’on soit d’accord que la foi se transmet, non comme théorie ou comme morale, mais comme vie, il reste le plus important : la liberté dans le saint Esprit. Transmettre sans contraindre ; inviter sans forcer ; faire goûter – quelquefois en insistant un peu ! -, savourer, aimer la vraie vie ; responsabiliser sans culpabiliser ; enseigner en laissant découvrir par soi-même. Le problème de la transmission de la foi est celui-ci : elle ne peut être autre que l’appropriation personnelle par le saint Esprit du message du Christ dont les aînés donnent l’exemple. Père Sophrony nous disait à propos des enfants : « faites-leur aimer le Christ et la Mère de Dieu ». La liberté est dans l’amour parce que tu as envie de suivre celui ou celle que tu aimes, tu as envie de vivre comme ils vivent.

L’épiclèse sur les enfants

Ce qui éveille la liberté, c’est encore – et surtout : aussi important que l’exemple –  la prière pour les disciples, enfants ou proches – « parler à Dieu de nos enfants », écrit S. Magdalen. La prière est une épiclèse continuelle : l’invocation du saint Esprit par les parents ou les pères spirituels sur leurs enfants. En effet, l’Esprit, le Paraclet, le Pédagogue est désigné par le Christ Lui-même pour nous enseigner la vérité et nous en transmettre l’expérience et la connaissance (Jean 14, 26). Et c’est par l’Esprit que le Fils est venu et vient encore dans le monde et dans le cœur de chaque personne.