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La dignité baptismale du corps

Le corps de la créature humaine – 

Le corps humain, rappelons-le, n’est pas le corps de n’importe quelle créature. « Aucune chair, écrit saint Paul, n’est identique à une autre : il y a une différence entre celle des hommes, des bêtes, des poissons » (1 Cor. 15, 40). Seul au sein de la Création, le corps est riche du sceau de l’image de Dieu, comme l’écrit saint Irénée de Lyon (1), quel que soit son lien réel avec le monde animal et la matière de la Création avec laquelle le Créateur le façonne. Seul parmi toutes les créatures, si nous suivons la tradition biblique, le corps humain est animé par l’insufflation divine, et seul il a une belle intériorité accessible dans l’âme et dans le cœur. Quand nous abordons corporellement une personne quel que soit son âge, nous savons cela.

Le corps, icône de la personne

Nous sommes conscients également, parce que nous vivons dans l’Église et que notre conscience est ecclésiale, que son corps n’est pas anonyme : il est celui d’une personne, celle précisément que nous rencontrons. Dans ce corps, le visage est la dimension qui se tourne ou se détourne de nous : il  est comme le corps du corps. Mais, nous le percevons instinctivement, le corps lui-même en ses diverses dimensions, est comme un visage. Le corps est l’icône de la personne, nous apprend toute la tradition liturgique et sacramentelle de l’Église, parce qu’il est créé à l’image du Verbe et en vue de lui ressembler. La première dignité du corps, celui du bébé comme celui de nos grands-parents, est sa dignité de créature (2). En ce sens, il appartient déjà à Dieu.

Mon corps et le Corps du Christ

Le corps d’un baptisé n’est pas n’importe quel corps humain. Il est un corps consacré. Nous recevons du Seigneur notre corps, comme notre âme, notre esprit, notre cœur, et surtout notre personne, siège ultime de l’image. Le Créateur, Père, Fils et saint Esprit, nous a conduits du non être à l’être. Et, dans le saint baptême, nous lui offrons le corps qui vient de lui, dimension eucharistique du saint baptême. Notre corps, et tout ce que porte notre personne dès la conception, sont ainsi consacrés en Corps du Christ. Mais, ce qui assimile notre chair et notre sang, ainsi que notre intelligence et notre âme psychique au Christ, c’est l’onction du saint Chrême. Celle-ci, comme l’épiclèse eucharistique, couronne la consécration et la parfait. « Le corps, dit saint Paul, est purifié par l’eau baptismale » (Hb 10, 22) et de plus « nous avons été consacrés par l’oblation du corps de Jésus Christ » (Hb 10, 10).

L’épiclèse sur le  corps

La sainte chrismation est une véritable épiclèse du saint Esprit sur le nouveau membre de la chair du Dieu vivant. De plus, le nouveau baptisé se nourrit et s’abreuve immédiatement au Corps et au Sang du Dieu Homme. Mon corps, ton corps, son corps, notre, votre, leur corps deviennent le Corps du Christ en le laissant descendre à l’intérieur d’eux-mêmes ; et, ce faisant, écrit saint Nicolas Cabasilas (3), nous sommes transformés dans le Christ et, au sens strict, déifiés. Ajoutons que nous sommes, en notre corps, non seulement divinisés et sanctifiés, mais encore humanisés, parce que notre corps est assimilé à l’humanité parfaite du Sauveur et devient consanguin avec lui. « Ceci est mon corps ; ceci est mon Sang » : ces paroles sont dites, non seulement sur le pain et le vin, mais sur l’Église entière présente comme Corps du Christ et sur chaque baptisé, membre de ce corps, corps du Corps, considéré personnellement.

(extrait de M.-A. C. de B. : « L’accompagnement paroissial quand l’âge modifie le corps », Université d’été MOREOM août 2019)

1.Cf. la note 38 dans Théologie du corps de Jean-Claude Larchet.

2.Marie-Jo Thiel parle de « dignité ontologique », La revue réformée, n°234, sept 2005, « Vieillissement et dignité de la personne : représentation de la vieillesse et fin de vie ».

3.Explication de la divine liturgie, 38, 2

> icône de saint Nicolas Cabasilas