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La famille est sainte

Préparation de Noël –

Le 21 novembre, le cycle liturgique annuel comporte la mémoire de l’entrée de la Vierge au Temple, évènement rapporté par le proto évangile de saint Jacques. Cette célébration a une place importante dans le carême de Noël, parce qu’elle honore celle qui deviendra la mère de celui qui va naître à Bethléem, et donc la Mère de Dieu fait Homme ; d’autre part, l’évènement met en lumière la sainteté de la famille bénie par Dieu. La fécondité apparaît, non seulement comme une manifestation importante de la vie biologique créée par Dieu, mais comme le signe d’une intervention miraculeuse de la Divinité. Au fond, la conception a toujours une dimension miraculeuse, parce qu’elle est l’expression de la volonté divine manifestée au cœur de la tendresse des époux. On sait que cette tendresse a son icône, celle des saints Ancêtres de Dieu Joachim et Anne : la relation conjugale est belle et bénie. De plus, la fécondité répond à un commandement divin : « croissez et multipliez-vous ! » (Genèse 1, 28) ; elle est l’expression d’une forme d’obéissance spirituelle par laquelle les époux sont en communion avec le vouloir divin.

Marie enfant

La place de l’enfant sur l’icône de la Présentation est significative : la petite Marie s’avance vers le sanctuaire en toute liberté. Elle est attirée par la beauté et la sagesse divines. Elle est en mouvement. Elle ne se retourne pas vers ses parents, présents derrière elle. Elle manifeste une remarquable autonomie religieuse. Par ailleurs, elle est entourée de tout un groupe de personnes, membres de la famille et de la communauté religieuse, et jeunes plus âgés qu’elle : elle est accueillie par les anciens, en l’occurrence Zacharie. L’icône montre également Marie enfant nourrie par les anges de Dieu.

La famille

Les signes fournis par l’icône sont des indications sur la place de l’enfant dans l’Église, notamment dans nos paroisses. D’une part, l’importance est donnée aux parents, au couple croyant, conscient que la fécondité lui vient de Dieu et que son enfant, loin de lui appartenir, va vers Dieu et a une vie tracée par la relation personnelle exclusive qu’il a avec Dieu. En tant que parents, nous pouvons prendre en considération ce fait qu’enseigne également la présentation de l’enfant le quarantième jour à l’église en vue du baptême : les parents rendent en quelque sorte à Dieu l’enfant qui vient de lui ; et, pendant le baptême lui-même, l’enfant est porté, non par les parents, mais par ces parents spirituels que sont les parrains. L’enseignement biblique et ecclésial valorise donc l’autonomie spirituelle de l’enfant et relativise toute forme de possession parentale : d’une certaine façon, les parents, dont l’amour et la vie conjugale sont tout-à-fait bénis, sont comme des parents adoptifs d’un enfant dont Dieu est le Père.

L’enfant adulte

La jeunesse de l’enfant dans le mystère du 21 novembre est de grande importance. La fête et son icône nous disent qu’un enfant de trois ans a une capacité et une maturité spirituelles véritables. Certes, il est un enfant. Mais l’ouverture de son esprit et de son cœur pour la connaissance de Dieu n’attend pas les sept ans, ce prétendu « âge de raison ». L’anthropologie biblique, qui n’érige pas la raison humaine en critère de la connaissance, considère l’enfant comme un être connaissant à part entière, raison pour laquelle les bébés eux-mêmes sont introduits dans l’Église dès leur quarantième jour, sont immergés dans la mort et la résurrection du Christ, oints de l’Esprit saint et accueillis à la Table du Banquet eucharistique. Les enfants, d’une certaine façon, sont considérés comme des adultes ; ils sont en tout cas des baptisés à part entière. L’office de la Présentation de la Mère de Dieu (Ménologe du 21 novembre) appelle celle-ci « enfant selon la chair, adulte par l’esprit » (ode 6, t. 1). Notre façon d’accompagner les enfants dans l’Église, dans nos paroisses et particulièrement dans les offices liturgiques, découle de cette considération. C’est la raison pour laquelle, par exemple, les enfants peuvent venir se confesser dès trois ans. Nous aurions tort de sous-estimer les petits. La façon dont les anciens accueillent Marie peut également servir d’indication sur l’attitude de nos évêques, prêtres et diacres à l’égard des enfants : un accueil bienveillant, une paternité confiante, une grande foi dans le chemin que l’enfant fait avec son Dieu – osons dire : un ministère en icône de la paternité divine.

L’éducation

Un projet éducatif est également suggéré par le mystère de ce jour et son icône. Marie, non seulement est introduite par le Temple et y entre de son plein gré, sans que personne s’interpose entre son Dieu et elle, mais elle est élevée, instruite et éduquée dans ce milieu divino humain. C’est ce que signifie l’image de la petite fille nourrie du pain des anges, c’est-à-dire de la sagesse divine. Cela veut dire que celle qui serait la Mère de Dieu, et que nous pouvons déjà par anticipation appeler ainsi, a joui d’une éducation exceptionnelle lui permettant de répondre le jour venu à la proposition divine présentée par l’Archange. L’éducation et l’instruction permettent à la personne d’exercer sa liberté. Suivant l’enseignement des saints Pères, Marie la Vierge a exercé sa liberté par rapport au bien et au mal. Surdouée spirituelle, certainement, géant charismatique de toute l’histoire humaine, elle a toutefois usé de toutes les ressources de l’enseignement divin dans la Parole pour choisir d’offrir un authentique « que ta volonté soit faite » au messager divin, et pour devenir porteuse et enceinte de cette Parole. Pour nous, familles chrétiennes, paroissiens, parrains, catéchètes, cela veut dire que tout ce qui relève de l’éducation aide l’enfant à user de sa liberté pour faire la volonté de Dieu.

L’enfant et le discernement

La Présentation de la Mère de Dieu au Temple est ainsi l’icône par excellence de la sainte famille, l’icône de l’enfant dans l’Église, et le modèle de toute notre attitude par rapport aux enfants dans la vie liturgique, dans la vie paroissiale, ainsi que dans le monde où ils se trouvent, par l’École surtout. L’apprentissage de la liberté et du discernement par l’enfant est un des plus grands services que puisse lui rendre la communauté paroissiale et familiale dans laquelle il vit. Apprenons à nos enfants, dès trois ans – ou même auparavant – comment « entrer dans l’église », et comment « goûter et voir comme le Seigneur est bon ! » (Ps. 33, 9) – apprentissage de l’espace sacramentel et liturgique et de la communion eucharistique.