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La joie pour autrui

Le fil d’or de la Bible –

D’innombrables passages de la Bible nomment la joie. Celle-ci est un des thèmes constants de la Parole. Certaines personnes ne pensent pas que la tradition biblique soit la tradition de la joie. Lisons les psaumes, par exemple, nous rencontrons la joie à chaque page ou presque. Le noyau de l’année liturgique est un cœur joyeux. De Pâques à la Pentecôte, pendant cinquante jours, nous ne faisons que cela : entretenir la joie de la Résurrection ; par l’ascèse de la joie, nous disposer à la joie de l’Esprit. Le Sauveur le dit Lui-même : le but de sa venue dans le monde est la communication de sa joie (Jean 15, 11 ; 17, 13). Le repentir lui-même, charisme si important puisqu’il consiste dans la haine du péché source de tristesse, est l’ouverture du cœur à jouir de la miséricorde divine.

Être heureux pour les autres

Le Seigneur Jésus  évoque de façon très particulière la joie divine. Il la compare à la joie qu’éprouve en contemplant sa joie l’ami d’un époux que réjouit l’épouse. La joie divine est une joie pour autrui ; elle consiste à exulter à la vue du bonheur de deux personnes qui s’aiment. Les trois personnes divines connaissent cette joie : chacune se réjouit pour l’autre, pour les deux autres, et pour l’amour dont s’aiment les deux autres. C’est particulièrement le cas du saint Esprit. Père Dumitru Stàniloae de bienheureuse mémoire disait que l’Esprit se réjouit de l’amour du Père et du Fils. La personne humaine est capable d’éprouver une telle grâce. L’eucharistie est le sacrement de la joie divine. La personne humaine également est capable d’organiser un repas de fête pour les autres. C’est la joie de la maîtresse de maison : elle aime tellement faire plaisir aux autres, comme Dieu, le Maître du Banquet.

La joie des anges

Nous rendons grâce à Dieu, c’est-à-dire que nous nous réjouissons, de la familiarité que les saints et les martyrs ont avec lui. Nous éprouvons une grande joie en sachant combien le Seigneur aime notre prochain et même nos ennemis ou des personnes dont le cœur est, apparemment, bien loin du Royaume. La joie pour autrui pourrait être la définition du bonheur parfait que l’homme peut éprouver. En effet, il est assimilé aux anges, qui se réjouissent continuellement et de façon désintéressée de ce qui advient de bon entre les hommes et Dieu ; ils se réjouissent, par exemple, quand un pécheur se réconcilie avec le Père (Luc 15, 7). En voilà qui se réjouissent pour autrui ! En voilà qui aiment faire plaisir aux autres ! Quand l’archange Gabriel se présenta à Marie la Vierge, il ne lui dit rien d’autre que « réjouis-toi ! » Il portait cette joie pour autrui, celle de contempler l’amour du Père céleste et de la Mère terrestre. Il exprima le commandement nouveau : celui de la joie.

Le signe de l’Esprit

Celui ou celle qui éprouve de la joie pour autrui montre que l’Esprit saint habite en lui. L’Esprit est en quelque sorte l’hypostase de la joie ; Il est la joie du Père pour le Fils, manifestée au baptême dans le Jourdain ; Il est la joie du Fils pour le Père, exprimée dans le chapitre 17 de Saint-Jean. Il est la grande joie divine pour autrui qui descend sur la Croix quand l’amour sans limite du Fils irradie le monde. Le Fils se réjouit que les hommes puissent trouver la familiarité du Père ; Il se réjouit que l’Esprit de ce même Père habite en eux et leur apprenne à aimer comme Lui, le Fils, aime le Père et aime les hommes. La joie pour autrui est le signe de l’amour parfait. Par exemple, un prisonnier des geôles bolcheviques était toujours dans la joie. À ceux qui lui demandaient compte de cette joie, il répondit : je suis tellement heureux quand je pense que ma femme et mes enfants sont libres et voient le soleil !

Le Royaume de la joie

Souvent, il est question du Royaume, de ce royaume qui n’est pas de ce monde, qui n’est pas un pouvoir politique, qui est au contraire le règne de Dieu dans le cœur des personnes humaines et leur communion en Dieu. Ce règne, ce royaume sans pouvoir, est évoqué au début de plusieurs grands mystères : « Béni est le Royaume du Père et du Fils et du saint Esprit ! » ; il est éprouvé comme joie pour autrui. La fraternité des fils et des filles du Père se manifeste dans la joie qu’ils éprouvent les uns pour les autres. Ce sont des hommes libres, comme le prouve leur joie. Ils sont totalement affranchis d’eux-mêmes et de tout amour narcissique.

Dans la joie pour autrui, tu t’oublies toi-même, tu n’es que joie, que bonheur pour les autres ; la joie pour autrui est un des signes de la divinisation ; en toi le Seigneur règne, car la joie pour autrui est le signe par excellence de sa royauté. De ce royaume Il s’est montré le Souverain quand Il entra dans Jérusalem avec le projet précis que les hommes trouvent leur joie dans le Père par le saint Esprit, en offrant par amour pour eux le banquet de sa propre vie.