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« Satan entra dans Judas » (Jean 13, 26), qu’est-ce à dire ?

L’avertissement du Sauveur –

L’évangéliste et théologien Jean écrit : notre Seigneur, « ayant trempé le morceau, le donna à Judas, Fils de Simon l’Iscariote. Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas ». Phrase terrible…Rappelons-nous que le Sauveur avait averti son apôtre de façon indirecte : « Je connais ceux que J’ai choisis. Qu’ainsi s’accomplisse l’Écriture ‘celui qui mangeait le pain avec moi a levé le talon contre moi’ (psaume 41, 10)… Amen, Amen, Je vous le dis : l’un d’entre vous va me livrer » (Jean 13, 18 et 21). La tentation diabolique est ainsi suggérée de façon allusive, Judas pouvait entendre cet avertissement et sentir la présence maligne rôder autour de lui (cf. 1 Pierre 5, 8-9). Un autre apôtre avait également été averti qu’il trahirait, c’est l’apôtre Pierre.

Communier pour sa condamnation

Ce passage évangélique s’interprète par un passage de l’apôtre Paul (1 Corinthiens 11, 27-29) : « celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps, mange et boit sa propre condamnation ». « Indignement » est expliqué par « sans discerner », c’est-à-dire sans conscience. Judas, malgré l’avertissement du Sauveur, ne s’est pas « éprouvé lui-même avant de manger ce pain ». Il n’a pas discerné les dispositions qui étaient, depuis plusieurs jours, plusieurs mois, peut-être, celles de son cœur, prêt à livrer son Maître. Il était probablement aveuglé par une illusion.

Au Paradis

Un autre passage de la Parole sert à l’interprétation du passage en question : celui de la Genèse (3, 1-6). Au Paradis, Adam consomma une nourriture excellente par elle-même. Mais, manquant d’expérience, il ne « s’éprouva pas lui-même » ; il n’examina pas les pensées que, dans son cœur, instillait le Malin. Aveuglé par l’illusion que provoquait celui-ci, il communia à l’arbre de la connaissance avec de très mauvaises dispositions intérieures : le doute à l’égard du Créateur, la rupture avec l’amour, la désobéissance à son Dieu. Pour avoir écouté la calomnie satanique, il communia, lui et son épouse, « pour sa propre condamnation ». Le contenu de la nourriture merveilleuse et divine s’inverse en quelque sorte en fonction des dispositions de celui qui communie; le breuvage d’immortalité se retourne en poison de mort et de souffrance, selon les pensées de notre cœur.

La perversion du bien

Quand un homme communie aux énergies divines avec un cœur indifférent ou hostile à Dieu – la prétention, l’auto justification, l’orgueil, le jugement des autres, la convoitise, l’amour du pouvoir, la rivalité avec le Seigneur, etc. – ces énergies créatrices deviennent comme un feu dévorant. L’amour lui-même, béatitude des justes et des amis de Dieu, est un supplice pour ses ennemis. Le paradis s’inverse en enfer. Le mal n’a pas d’essence en lui-même ; il n’est pas créé ; il est un bien perverti, ou un éloignement plus ou moins grand, ou même extrême, du Seigneur Source de vie et d’immortalité. C’est ce qui explique que, alors que Dieu veut sauver tous les hommes, tous peuvent ne pas être sauvés.

La prière mécanique

Nous avons de cela un autre exemple, celui de la prière, qui est l’activité la plus élevée et la meilleure à laquelle la créature, angélique ou humaine, puisse s’adonner. La prière, de supplication ou de louange, est elle-même une forme de communion avec les énergies divines incréées. Or, il est des formes de prière qui nous éloignent de Dieu ou même nous séparent de lui pour longtemps. Ce sont les prières dites avec distraction, celles que nous prononçons en entretenant des pensées négatives ou passionnelles, celles que nous rabâchons (cf. Matthieu 6, 7) et disons à la va-vite sans penser à ce que nous disons, sans être sincères, sans ressentir de la foi à l’intérieur de nous-mêmes, comme des moulins à prière, comme des robots pieux… Ces formes de prière nous rendent étrangers à l’amour de Dieu ; quelquefois, comme il arriva au Pharisien de la parabole, elles endurcissent notre cœur. Celui qui prononce à la légère le Nom de Dieu, dit la Parole, prie pour sa condamnation ; il outrage le Nom de Dieu et se prive ainsi lui-même de la communion avec lui « en son Nom ».

Préparer son cœur

Le cas de l’apôtre Judas nous avertit du danger de communier, ou de prier, avec un cœur prêt à trahir à la première occasion. Les contradictions de notre cœur, de notre pensée, de notre vie, expliquent que nous ne progressions pas et même, quelquefois, que nous régressions, qu’il se fasse si peu de miracles chez les disciples du Sauveur, et que le Salut du monde soit retardé.