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Le baiser de paix

Le baiser – 

L’homme s’exprime par la parole ; il s’exprime par les gestes ; son corps parle, d’autant que le Verbe divin s’est fait chair et s’est fait homme : le corps humain a la vocation d’être à son tour verbe et de parler. Nous voyons Joseph donner un baiser sur le visage de son père (Gen 50, 1) et une femme poser ses lèvres sur les pieds du Seigneur (Lc 7, 38). Nous savons tous combien le contact des lèvres est hyper sensible ; nous savons également qu’il peut être hypocrite et qu’il peut être vrai. Dans le baiser l’amour coïncide avec la vérité. On peut également trahir par un baiser…

Le baiser liturgique

Nous accolons nos lèvres sur le saint Évangile, sur la sainte et vivifiante Croix, sur la sainte Icône,  parce que nous aimons tendrement celui qui est présent dans sa parole transcrite, qui a choisi la Croix de douleur et d’amour, et qui apparaît sur les saintes images. Nous voyons les saints embrasser la terre de leur pays, transfigurée par la foi et le sang des martyrs, et la Terre sainte parce que le Seigneur l’a parcourue de ses pieds et arrosée de son propre sang. Ce contact des lèvres est une forme de communion. De même qu’une mère embrasse son enfant parce que son amour est « dévorant », de même le baiser des baptisés absorbe quelque chose de la personne, s’en abreuve et s’en nourrit, s’emplit du parfum du Christ émanant du corps des saints. Sur le front, les joues ou les mains, il atteste une sensualité pure, la transfiguration des sens et des sentiments.

Le baiser fraternel

La communauté des baptisés a toujours exprimé l’amour mutuel par le baiser. « Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser », écrit l’apôtre Paul (Rom 16, 16 ; 1 Co 16, 20 ; 2 Co 13, 12 ; 1 Th 5, 26) et l’apôtre Pierre encourage « un mutuel baiser d’affection » (1 Pi 5, 14). L’icône des saints apôtres Pierre et Paul, que nous vénérons le 29 juin, nous les montre s’embrassant tendrement – après qu’ils ont eu, comme on sait, une vigoureuse discussion ! Le baiser est « saint », parce qu’il est échangé par les « saints », nom donné aux membres de l’Église ; il est saint parce qu’il est consacré dans la foi commune ; il est pur de toute convoitise et de toute hypocrisie ; il scelle le pardon et la réconciliation ; il est accordé au nouveau baptisé après l’immersion et l’onction chrismale.

Baiser et prière

Les baptisés expriment de la sorte par le corps leur foi commune et leur amour réciproque. Ils s’accueillent ainsi et prennent ainsi congé les uns des autres. Par le baiser, non seulement ils s’alimentent à la grâce qui remplit chacun, mais ils se bénissent mutuellement : les lèvres qui touchent le visage ou les membres des frères sont également celles qui le bénissent ou intercèdent pour lui. Le baiser est lié organiquement à la prière. Il est une forme de prière, quelquefois d’adoration, de respect : il s’adresse à la présence du Christ en chacun des baptisés par la grâce du saint Esprit.

Le baiser liturgique

Il dérive de celui que nous donnons au Christ dans l’Évangile, la Croix et l’Icône. Par lui nous accueillons le frère dans la communauté ecclésiale après le baptême et la célébration d’autres sacrements. De façon éloquente, il est échangé au cours de l’office du Pardon, qui ouvre le grand Carême, avec les paroles : « pardonne-moi, Frère, et prie pour moi ! » ; et, après le Carême, les frères, suivant le chant « embrassons-nous les uns les autres », échangent le baiser pascal et annoncent : « le Christ est ressuscité ! ». Ces deux baisers sont symétriques, ils ont la même forme liturgique : une procession au cours de laquelle on baise l’Évangile, la Croix et l’Icône.

Le baiser de paix

Au cours de la divine liturgie, le baiser à sa place. Il est à penser qu’il prolonge dans chaque célébration, puisque celle-ci découle de l’eucharistie pascale, le baiser échangé aux matines de la Résurrection. Les évêques et les prêtres se le donnent dans le sanctuaire après avoir baisé la signature de l’évêque titulaire sur l’antimis (corporal). Les diacres l’échangent plus loin. Les fidèles peuvent, l’ayant reçu de l’autel par un diacre, se l’accorder mutuellement. Dans la liturgie gallo-romaine, on chante à ce moment « Je vous donne ma paix ». On s’embrasse une seule fois en disant, soit, dans cette liturgie, « paix à toi et à l’Église », soit, dans la liturgie selon saint Jean Chrysostome : « le Christ est au milieu de nous ! »

Un usage à restaurer ?

Cette manifestation d’affection fraternelle précède immédiatement la proclamation de la Foi et, par conséquent, un peu plus loin, la communion eucharistique. Le baiser, donné une seule fois à chacun, scelle l’unité de foi et l’appartenance à l’Église. L’usage du baiser liturgique parmi les fidèles est, bien sûr, à retracer historiquement, et ne devrait pas être arbitraire. Peut-être est-il tombé en désuétude quand les communautés sont devenues plus nombreuses et que le passage du baiser dans tout le Peuple devenait compliqué. Il pourrait, si l’Évêque bénit, être rétabli dans les communautés paroissiales à taille humaine.

> icône des saints Pierre et Paul