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L’icône de Noël

Naissance humaine de Dieu le Verbe –

La parole que nous entendons dans la divine liturgie de ce jour (Matt 2, 1-12) ne rapporte pas une parabole, ou une légende, celle, par exemple de la naissance d’un héros ou d’un personnage fantastique – ou même du fondateur d’une religion nouvelle. Non : elle rapporte un fait historique – une naissance humaine, à une date et en lieu qui sont précisés : « à Bethléem en Judée, à l’époque du roi Hérode ». Toutes les puissances de ce monde, et donc de l’Histoire universelle, sont mobilisées par la mise au monde de celui qui a été conçu il y a neuf mois, le 25 mars. Le Dieu Homme, Dieu le Verbe humainement conçu de la Vierge et du saint Esprit, naît humainement, en homme véritable, sans réclamer la gloire qui est due pourtant au Créateur du monde, le Verbe, coéternel au Père et à l’Esprit.

La quête de l’illumination

Tous cherchent la lumière : « même les incroyants sont devenus ta demeure », dit le Prophète (Ps. 67, 19). Tout homme aspire à l’illumination et le saint Évangile a essentiellement comme enjeu d’enseigner la voie de l’illumination à ceux qui voudront suivre l’exemple et le message de Jésus Christ, l’Illuminé par excellence, Illuminé comme homme parfait et Lumière comme dieu parfait ; Illuminateur en tant que Dieu-Homme, Dieu humanisé et Homme divinisé. Jésus, le Maître parfait et l’Homme parfait, est simultanément le Dieu parfait qui illumine tout homme « venant dans le monde » ou « en venant dans le monde » (Jn 1,9). Le but de la vie est de voir la lumière qui irradie depuis le visage du Maître, d’en être pénétré, de nous unir à elle, et de communier par cette lumière incréée à celui qui en est la source première, « le Père des lumières ».

La haine du règne du Roi de la paix

Les puissants de ce monde que représente Hérode sont attirés par la lumière pour la capter, l’instrumentaliser ; si elle ne peut servir à renforcer et soutenir leur domination, à plus forte raison si elle peut représenter une autre forme de société, un royaume transcendant, un royaume dans lequel les armes qui coûtent si cher ne servent à rien, cette lumière est une ennemie, et il faut œuvrer à son extinction avant qu’elle n’ait gagné les cœurs d’un grand nombre, avant qu’elle n’ait enflammé le monde. L’Illuminé et l’Illuminateur qu’est le Seigneur Jésus est perçu comme l’ennemi Numéro Un. Pas d’illumination, pas d’expérience mystique de la sagesse incréée, pas de paix issue du saint Esprit, pas de fils de Dieu frères du Fils unique et Verbe de Dieu, rien de tout ça – tel est le langage des dictatures de tous les temps ; les prisons et les camps sont préparés pour ceux qui cherchent l’illumination et l’Enfant-Lumière est condamné à mort.

Une tendance naturelle

Tous, cependant cherchent la lumière. Toute créature humaine a reçu dès la création la capacité d’être illuminée par la lumière divine et d’accéder dès cette vie au statut de fils et filles de la lumière : les catéchumènes sont appelés « illuminands » et les baptisés « illuminés ». L’homme est naturellement apte à la lumière. Toute créature également, d’une certaine façon, cherche à être illuminée, non seulement du soleil et des lampes de ce monde, mais de la lumière incréée et créatrice, celle par qui, dès le principe, fut la lumière à qui le Verbe Lumière dit : « que la lumière soit ! » Non seulement les animaux domestiques de la crèche et des pâturages, mais la lumière même de ce monde, la lumière créée cherche la lumière incréée.

Le prophétisme païen

Les trois mages venus d’Orient représentent les grands prophétismes portés par les nations, le noble prophétisme païen. Trois dignes familles, peut-on dire, s’approchent, « ayant vu son étoile en Orient », de celui qui peut leur apporter l’illumination parfaite dont ils ont déjà, depuis quelquefois des millénaires, une première expérience. Le taoïsme, l’hindouisme et le bouddhisme ont vu en Orient l’étoile ; ils en ont goûté la lueur de paix, de bienveillance, de compassion et de sagesse, dans leurs méditations profondes. Et d’eux-mêmes, poussés par l’Esprit qui les a déjà inspirés, prophètes orientaux qu’ils sont, ils viennent rendre hommage à celui qui est appelé « Lumière de Lumière ». À côté du prophétisme juif, il existe une place royale pour tous les prophétismes des nations. Et le prophétisme est essentiellement l’annonce de la possibilité pour l’homme, quelle que soit la valeur des lois morales et religieuses, de ne pas se contenter d’être justifié par celles-ci, et de connaitre l’illumination qui fait de lui un homme ou une femme pleinement réalisés.

Le prophétisme dans la culture

L’évangéliste Luc mentionne d’autres chercheurs de lumière qui, en ce jour, vont pouvoir chanter, comme on le fait dans la sainte liturgie : « nous avons vu la vraie lumière ; nous avons reçu l’Esprit céleste ; nous avons trouvé la foi véritable ! » Les anges représentent toutes les puissances intellectuelles pures et bonnes, amies de la vérité, cherchant d’un cœur désintéressé la lumière de la connaissance relative à ce monde, à l’homme lui-même et à Dieu. Ce sont les savants, les chercheurs en cosmologie, en anthropologie et en théologie. Le monde angélique est celui de l’esprit créé qui veut connaitre lui aussi la divine illumination par la découverte des lois cachées dans la Création, ces raisons divines qui se découvrent à qui en fait la quête avec méthode. Dans ce sens, la science est une démarche prophétique, elle annonce la connaissance parfaite de la vérité accordée à l’homme qu’illumine l’Esprit saint : chercheurs, savants, artistes, créateurs de formes nouvelles, sont en quête de l’illumination parfaite de leur conscience. L’esprit créé cherche l’Esprit incréé qui est issu du Père !

Le pouvoir selon Dieu

Les pasteurs enfin et leurs troupeaux sont les peuples conduits par le Pasteur et Illuminateur des âmes à former l’unique troupeau. Ce sont les fils d’Abraham, ce berger chercheur de lumière, et les fils de tous ceux qui guident ou sont guidés dans le désert, particulièrement le peuple juif. Ce sont les peuples et les chefs qui les gouvernent, les pouvoirs de ce monde permis par Dieu, et qui recherchent la lumière et la vérité pour le bien de la cité de ce monde. L’Évangile, cette lueur de Bethléem, est le programme politique ultime, « lumière qui doit éclairer les nations et gloire du peuple d’Israël », le programme que détestent les hérodes de tous les temps. Le Pasteur ultime – pasteur des pasteurs, Archipasteur et Pontife suprême, appelé également Roi des nations – est encore cette Lumière en personne qui veut illuminer tout : « que la lumière du Christ illumine tous les hommes ! » entendons-nous dans la divine liturgie.

Le non-jugement des saints

De Noël à Pâques et à la glorieuse Descente de l’Esprit, il n’est pas d’autre quête que celle de l’illumination déifiante. C’est pourquoi les saints, les sages et les justes ne jugent personne : ils savent que chaque homme cherche naturellement la lumière, et n’a même pas besoin d’être enseigné pour cela  (cf. 1 Jn 1, 27): il suffit qu’il se mette en route vers la Lumière en personne et qu’il prenne le grand Illuminé, le Maître de la lumière et des ténèbres, comme exemple et icône de l’homme réalisé et parfait. Il suffirait également qu’il rencontre des saints, hommes et femmes de lumière qui prouvent par leur seule existence la Vérité de la Voie et de la Vie.