Imprimer cet article Imprimer cet article

Pourquoi les ministres de l’Église sont-ils des hommes ?

Le sacerdoce universel –

Le ministère fondamental de l’Église est celui de l’assemblée des baptisés. Celle-ci participe à l’unique sacerdoce, celui du Christ, Pontife suprême. Hommes et femmes ont, par le saint baptême et la sainte chrismation, accès au même sacerdoce, et tous communient à la même eucharistie, Corps et Sang du Dieu-Homme. Tous sont co célébrants des saints mystères ; tous participent également à la prise de décision dans l’Église, comme le montre la théologie orthodoxe (cf. Liviu Stan, Les laïcs dans l’Église, Sibiu, 1938). En ce sens, il n’y a plus, suivant l’enseignement apostolique lui-même, « ni homme ni femme » (Galates, 3, 28) : tous sont un dans le Christ Seigneur. Le « genre » est déjà transcendé par la « personne » (hypostase). Tous les baptisés sont consacrés. Il n’y a pas dans l’Église de distinction entre sacré et profane, initié et non initié. Cette homogénéité du Peuple a son origine dans l’assemblée des disciples dont témoigne le saint Évangile. La place des hommes et des femmes autour du Maître n’a pas connu de discrimination.

Le service des frères

Le Seigneur Dieu a établi des personnes au service du Peuple, comme on le voit dans l’épisode de la multiplication des pains (Jean 6, 1-14) : des serviteurs sont désignés para lui pour distribuer le pain, équivalent biblique de la parole. Apparaît ici une hiérarchie de service. De plus, le Seigneur et Messie a choisi douze personnes, appelés apôtres, c’est-à-dire « envoyés », à qui Il a confié la mission spéciale d’annoncer sa propre parole, de soigner et d’accompagner son peuple, et d’en présider l’assemblée (Matthieu 10, 5). Le ministère  dit « apostolique » opère ainsi une distinction dans l’assemblée des disciples : il est mis au service de ceux-ci, appelés « saints », parce qu’ils sont précisément consacrés. Le « service » ou « ministère » apostolique existe pour promouvoir la sainteté du peuple de Dieu par l’enseignement, par les sacrements et surtout par l’exemple personnel : la majorité des apôtres a témoigné jusqu’au « martyre », qui veut dire justement « témoignage ».

La paternité

Des hommes ont été ainsi choisis comme serviteurs du peuple de Dieu. Ils n’ont pas monopolisé ce service, comme le montrent les Actes des Apôtres, les épîtres et de nombreux passages évangéliques. Mais ils ont eu, au sein de la communauté des hommes et des femmes baptisés, une fonction de paternité. Sans se substituer au Christ, ils ont été appelés à être, à son image, celui qui préside l’Eucharistie. Le Christ, image lui-même du Père, présidait en servant, comme le montre l’épisode où Il lave les pieds ses disciples et où Il enjoint aux apôtres d’en faire de même (Jean 13, 5). Si les évêques et les prêtres sont choisis parmi les hommes, c’est principalement en raison de cette figure, iconographique en quelque sorte, de la paternité. Le père de famille bénit le pain, le coupe et le distribue. L’Évêque, le Prêtre, est un père de famille ; étant envoyé par le Christ – sans toutefois le remplacer (personne ne remplace le Christ), mais en le « figurant » – il préside la famille chrétienne des baptisés.

Le diaconat

En famille, le père est à sa place de père ; la mère a sa place de mère – au moins dans les sociétés traditionnelles, et l’Église est une société traditionnelle. Le diaconat, qui n’a jamais été un ministère de présidence, n’a jamais non plus figuré la paternité. Pour cette raison, il y a dans la Tradition, des diaconesses qui, dans leur service auprès des baptisés, des catéchumènes, notamment, ainsi que des pauvres et des souffrants de toute catégorie sociale et humaine, figurent la maternité de Dieu, tout spécialement de l’Esprit, dont le nom est en hébreu précisément féminin. Le diaconat féminin est, non une concession au modernisme, mais un élément traditionnel de l’Église.

L’ouverture

Avec tout cela, l’introduction d’une prêtrise féminine devrait assumer une réflexion approfondie sur le masculin et le féminin dans la Bible et dans les cultures humaines. La théologienne orthodoxe Élisabeth Behr-Sigel a ouvert certaines pistes pour cette investigation. Il apparaît clairement que la création d’une telle forme de prêtrise serait une innovation tellement importante qu’elle relèverait d’un concile œcuménique : celui-ci devrait attester que l’Esprit saint Lui-même a produit au sein de l’Église du Christ une avancée vraiment utile au salut des baptisés et de l’humanité entière. La distinction du masculin et du féminin dans le Corps du Christ a une signification profonde qui n’est pas si facilement perçue par l’esprit du monde. Toutefois, l’attitude chrétienne ne doit pas être une crispation frileuse ; car l’Esprit du Père est souverain, et Il peut, comme Il l’a fait si souvent au cours de l’Histoire, inspirer des chapitres qui n’ont pas encore été écrits.

> photo : Elisabeth Behr-Sigel