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Dimanche du Jugement dernier : Matthieu 25, 31-46.

Le paradoxe –

Le saint Évangile est tout de même très paradoxal ! Dimanche dernier, on nous dit que Dieu ne juge pas et qu’Il n’est qu’amour. Aujourd’hui, Dieu apparaît sur un trône redoutable, et Il prononce la sentence : ce que vous avez fait au plus petit c’est à moi que vous l’avez fait. Ceci vaut condamnation, et l’exécution suit : châtiment éternel pour les uns ; vie éternelle pour les autres. Qui peut se soustraire à cette condamnation ? Qui se justifiera devant Dieu ? Regardons notre vie : nous n’avons cessé de nous faire souffrir mutuellement ; donc nous avons passé notre vie à tourmenter notre dieu présent en tout homme. La perspective du jugement dernier est accablante. Comment sortir du paradoxe, de l’apparente contradiction d’un dieu paternel et aimant et d’un dieu siégeant au tribunal de sa justice éternelle ?

Un dieu unique

Est-ce le même dieu ? Ou bien y aurait-il plusieurs dieux, un bon, un sévère, un indifférent, un cruel… La tradition biblique et le saint Carême ont un autre message : celui de l’antinomie divine. La Divinité est à la fois juste et miséricordieuse. Il est juste que les iniques soient condamnés. Qui osera accuser Dieu d’injustice ? Et si l’homme a l’impudence de mettre son dieu en accusation, de le condamner et de l’exécuter, il se trouve devant la Croix, où il a suspendu le dieu dont il a fait le procès. Mais, en contemplant la Croix, regardant celui qu’il a fait crucifier pour injustice, il contemple le Miséricordieux qui intercède pour ses bourreaux !

Justice et miséricorde

La justice et la miséricorde sont les deux faces de la sagesse. Avec le bon larron, disons : « pour nous c’est justice ! », et mettons tout notre espoir dans la miséricorde divine qui nous épargnera le châtiment mérité. Le Seigneur, qui devrait pourtant nous traiter selon nos péchés, nous traitera au contraire selon la grandeur de son cœur paternel. Sollicitons toujours cette miséricorde, sachant qu’il devrait nous être fait justice. Des condamnés supplient leur juste juge de leur faire grâce : « Seigneur, miséricorde ! », « Kyrie eleison ! », crie, à la porte de l’enfer, celui qui espère de tout son cœur que le Seigneur le graciera. « Grâce ! Grâce ! Grâce ! », crient ceux à qui leurs péchés promettent une peine éternelle, et qui reconnaissent la justice de Dieu.

Le Fils prodigue

Se souvenant de l’image paternelle de l’amour, le Débauché, qui n’avait que ce qu’il méritait, eut la confiance de se retourner et de revenir. Il acceptait la justice d’une éventuelle sentence : je ne suis plus digne d’être ton fils ; traite-moi comme un esclave, dit-il. Celui qui accepte la justice des jugements divins s’ouvre à la miséricorde gratuite. Celui qui se sait condamné sans retour s’émerveillera devant la gratuité de l’amour du Père. Si Dieu est juste, Il ne peut être que miséricordieux.

(Radio Notre-Dame. « Lumière de l’Orthodoxie » 11 février 2018)