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Dimanche des Myrrhophores : Marc 15, 43 à 16, 8

La vue –

En ce dimanche des saintes femmes porteuses de parfum, nous nous connectons à la source même de notre foi et de toute notre vie de baptisés. Dimanche dernier, le Sauveur Jésus Christ le disait : « heureux ceux qui, sans voir, croient ! » La foi la plus forte repose sur des sensations très fragiles. La vue est tellement importante : les saintes femmes « regardaient où on avait déposé le corps de Jésus» ; ensuite, « elles virent que la pierre avait été roulée » ;  ensuite encore, « elles virent… un jeune homme revêtu de blanc » ; et cet ange leur promet qu’elles verront le Ressuscité : « vous le verrez comme Il vous l’a dit ».

Les témoignages oculaires

Toute la communauté chrétienne s’est organisée à partir de témoignages oculaires : un tombeau vide, un linceul à l’intérieur de ce tombeau, un ange, mais point encore le Seigneur ; et, plus tard, la vue réelle et corporelle du Sauveur, plusieurs fois, au cours de ses apparitions. Et, au long de l’histoire de l’Église, d’autres apparitions de notre Maître, en comptant l’apparition à saint Paul, moins fréquentes que celles de la Mère de Dieu. La vue, relativisée par le Christ, a son importance, soutenue au cours des âges par l’icône, et par la perception d’une lumière particulière qu’on ne voit que dans l’Église et ses réunions de prière.

Autres sensations

D’autres sensations nourrissent encore notre foi, en plus de cette vue si fragile, tenue par certains pour dérisoire. L’ouïe, bien sûr. Le saint Évangile nous donne à voir, de près ou de loin, en chair et en os, ou dans une lumière transfigurée, la présence. Mais Il nous donne à entendre continuellement la voix du Verbe en personne : « ô charme divin, ô douceur ineffable de ta voix… Tu nous as promis, ô Christ, d’être avec nous jusqu’à la fin des temps », chante le canon pascal. L’Évangile, et l’Église qui le prolonge corporellement par la chair des baptisés et la chair du Verbe à laquelle ceux-ci communient, portent la voix du Verbe. Les femmes entendent également aujourd’hui la voix de l’ange. Elles se parlent l’une à l’autre en chuchotant ; on devine de petits bruits, le pas précipité des femmes arrivant au tombeau ou en partant. On devine le parfum, la belle lumière matinale… Notre foi s’alimente depuis le début, depuis notre enfance, depuis l’enfance de notre foi, à un trésor de sensations, chacun s’en souvient.

La foi pure

Dans notre confinement actuel, privés que nous sommes du contact corporel avec nos frères, du baiser à l’icône, à la Croix ou à l’Évangile, ces ressentis physiques nous manquent. Les sons et les images nous parviennent par des médiations techniques. Heureux sommes-nous ! Notre foi reste grande, plus profonde même, sans bien voir, sans bien entendre, sans humer le parfum de nos églises. Elle retrouve un enracinement plus fort encore que les sensations corporelles : le ressenti intérieur, la sensation de l’amour pour notre Maître, le sentiment palpable de la joie, de l’évidence et de la confiance. Ce corps du corps qu’est notre cœur ressent avec force, avec douceur, l’évidence de la Résurrection. Heureux sommes-nous qui en ce matin des Myrrhophores, croyons d’une façon si pure !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », dimanche 3 mai 2020)