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Douzième dimanche après la Croix: Luc 18, 35-43

Le Verbe vient dans le monde –

Dans l’épître de ce jour, l’apôtre Paul dit (1 Tim 1, 15-17) : « le Christ Jésus est venu en ce monde sauver les pécheurs ». C’est bien ce que nous montre l’évangile : le Christ Jésus vient à Jéricho, une ville de ce monde, dans un peuple très connu qui est le peuple d’Israël, et Il vient pour sauver. Il entrait dans la ville de Naïn pour y rencontrer une veuve qui avait perdu son unique fils : Il arrive à Jéricho en sachant qui Il va rencontrer. Il rencontrera Zachée, à qui Il dira qu’Il doit venir chez lui.

Illuminer l’aveugle

Et Il va au-devant d’un aveugle, type par excellence de l’humanité qu’Il doit sauver des ténèbres, de l’obscurité d’un jour sans soleil ou d’une nuit sans lune : la condition humaine a comme symptôme significatif la cécité, l’incapacité à voir Dieu et son prochain, la perte de la familiarité originelle. L’aveugle, c’est l’homme. L’homme, dont la vue – la vue intelligente et spirituelle – est pourtant une faculté naturelle, en fait, ne sait rien de Dieu, ne le connaît pas. Le péché est principalement une ignorance de Dieu. Et le Seigneur Jésus vient dans un monde très précis et très localisé, l’humanité juive, pour opérer le Salut, c’est-à-dire, selon le prophète, rendre aux aveugles la vue, rendre à l’homme sa faculté originelle de connaissance.

Connaissance charismatique

Ici est le mystère de Noël, dont nous approchons : la venue du Seigneur Jésus dans le monde pour sauver les pécheurs. Le Seigneur vient comme lumière pour les aveugles privés de la vérité. Le Salut relève de la connaissance. Mais il n’appartient pas à des catégories purement intellectuelles, rationnelles ou cérébrales. Le Salut est l’illumination de la raison et de l’intelligence humaines, surtout quand celles-ci sont réchauffées par le cœur. On le voit bien par l’épisode de ce jour. Cet aveugle, à peine son esprit et son intelligence ont-ils enregistré de qui il s’agit, qu’il se met à crier. Il pousse un cri, il le pousse même deux fois, et, la deuxième fois, plus fort encore que la première : l’intelligence et l’esprit sont ici réchauffés par l’enthousiasme.

Le cri atteste la connaissance fervente et l’exaltation, c’est un cri qui, après l’illumination de l’esprit par l’Esprit que donne le Seigneur Jésus, se transformera en « célébration de la gloire », et qui communiquera à la foule le joyau de la connaissance pour que, à, son tour, elle se livre à la connaissance doxologique, à la vraie théologie. Le mystère de Noël est, pour l’homme, celui de l’entrée dans la connaissance passionnée de Dieu, théologie mystique qui est au cœur de la célébration liturgique.

Identifier le Messie

Mais, pour cela, il nous faut passer, comme le fait cet aveugle juif, ce Juif de la rue, de la banlieue de Jéricho, illettré et profondément cultivé déjà par la parole de Dieu. Ce Juif de la rue connaît le Seigneur Jésus en le reconnaissant ! Tout membre d’Israël écoute. Il entend « Jésus de Nazareth », et aussitôt, avec une extraordinaire spontanéité, il le nomme, l’identifie, le reconnaît pour celui qu’Il est : le Fils de David, le Messie ! Tel Job, il a entendu et maintenant il voit. Avant même d’avoir recouvré la vue corporelle, il voit très bien par l’Esprit de qui il s’agit, il fait bien le rapprochement : Jésus de Nazareth est le Fils de David ! C’est ce que fera toute cette génération de Juifs, compatriotes du Dieu Homme, innombrables gens du peuple en qui l’Esprit saint fera identifier le Sauveur dont ils ont entendu parler par les prophètes et que, maintenant, ils voient de leurs propres yeux.

Écoute, Israël !

Nous aussi, toute notre joie de Noël vient de la connaissance des Écritures qui nous parlent du Seigneur ; c’est par notre propre culture biblique que nous pouvons nous réjouir avec l’aveugle de Jéricho, avec les anges et avec les bergers, en passant de l’audition à la vue. Lisons la parole de Dieu avec assiduité et comme en l’écoutant, les yeux fermés, à l’aveugle, et notre connaissance du Fils de l’Homme sera évidente et joyeuse ! Écoutons Moïse et les prophètes, comme le recommandait Abraham, le 5 de ce mois, au mauvais riche, et nous aussi nous verrons celui dont ils ont parlé !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 3 décembre 2017)