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Evangile du dimanche après la Nativité du Christ : Matthieu 2, 13-23

Le scandale –

L’évangile de ce jour est terrible. Les cris de ceux qui souffrent sont horribles. Nous supportons qu’on ait mal du moment qu’on ne crie pas, et qu’on souffre en silence – et beaucoup souffrent sans se plaindre. Alors que le Messie et Fils de Dieu est présent dans le monde comme paix en Personne, santé, vie, joie et amour en Personne, la douleur et la souffrance, silencieuses ou hurlées, persistent ou même croissent. Quel est ce Roi de la paix, de l’amour et de la joie qui, loin, selon toute apparence, d’apporter la paix, provoque la violence et le massacre ? Ce jour est celui du grand scandale qu’on ne peut étouffer : des enfants sont massacrés, non malgré la « bienveillance divine parmi les hommes », mais en raison même de la présence du Seigneur du Royaume des cieux.

La guerre des royaumes

Il est clair que le pouvoir de ce monde ne veut pas d’un royaume de paix ; il veut d’un royaume instauré et défendu par la force – ou d’une paix gagnée par les armes ! « Les rois feront la guerre à l’Agneau », dit l’Apocalypse (17, 14). L’Agneau le dit Lui-même : « Je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive » (Matt. 10, 34 ; Luc 12, 51). Or ce glaive est la Parole (Luc 2, 35), l’Apôtre le dit : « la parole de Dieu est plus affilée qu’un glaive » (Héb 4, 12). Le monde n’est ni le Paradis ni le Royaume. Il est un monde déchu, où triomphent la méchanceté, la bêtise, la violence, l’exploitation des faibles par les forts, l’extermination de ceux qui gênent. Il est ce lieu mystique, ni Royaume, ni Paradis, ni même Enfer, où toutes les apparences sont en faveur de l’iniquité et de l’injustice ; le philosophe le dit bien : « l’homme est un loup pour l’homme ». Suivons l’actualité : c’est bien ce que nous voyons, et nous entendons – à moins de se boucher les oreilles – « des pleurs et une longue plainte ».

Le mystère de l’Agneau

L’Agneau « égorgé » (Ap. 5, 6) avant le début du monde, défie la violence du pouvoir. Et, bientôt, Il « siège sur le trône ; Il sera le pasteur » de tous ceux qui, « venant de la grande épreuve », ont « lavé leurs robes et les ont blanchies dans [son] sang », et « les conduira vers [les] sources d’eau vive » (6, 14-17) de l’Esprit. Cet agneau est le Christ, le Précurseur l’atteste. L’Innocent immolé, l’Agneau mis en croix est vainqueur. S’ils ont gardé l’esprit de paix qui fait leur innocence, les innocents, les vaincus de ce monde de guerre et de violence, les « saints et victorieux martyrs » ont gagné la guerre ; la paix a triomphé ; par la Croix, l’amour a déjà vaincu.

La victoire pascale

L’Évangile annonce, au lendemain de la douce et paisible Nativité du Fils de Dieu et Messie, le sens de l’Histoire, la lumineuse victoire pascale sur l’horreur du Golgotha. Les enfants massacrés par Hérode et par tous les hérodes de ce monde entourent le trône de l’Agneau. Le Seigneur n’a pas voulu qu’ils soient immolés sans se faire Lui-même l’Agneau dont le sang plus fort que les larmes purifie toute souillure de ce monde, en coulant sur ceux-là mêmes qui l’immolent.

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie » 30 décembre 2018)

> fresque du Massacre des innocents