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Évangile du 11ème dimanche après la Pentecôte : Matthieu 18, 23-25.

Le message biblique –

Nombreux sont les dimanches de l’année dont le message pressant est le pardon. Celui-ci constitue le refrain constant de la vie de l’Église héritière, de la Loi et des Prophètes. La civilisation biblique est celle du pardon : c’est son originalité, sa force et son caractère inacceptable pour bien des hommes. Pardonner à des méchants, à des bourreaux, à ceux qui font périr nos enfants sous nos yeux, et qui ne regrettent rien des horreurs qu’ils ont commises, paraît profondément injuste. Souvent, nous voudrions que les méchants soient châtiés et qu’on leur fasse payer rigoureusement leur dette avec même, éventuellement, un supplément.

L’équité

La loi du talion a, historiquement, mis une borne aux débordements de la vengeance. L’équité satisfait notre besoin de justice. Mais il y a des crimes impunis, des crimes de guerre ou de paix, et notre âme réclame justice. Cela va loin quelquefois : cette prétendue justice pourrait souvent n’être autre que la satisfaction d’une jouissance morbide. Les exécutions sur la place publique, la foule s’y rue pour en jouir. Et nous-mêmes,  observons les reptiles qui se meuvent dans notre cœur : nous devinons, à sincèrement parler, le plaisir de faire souffrir autrui sous prétexte qu’il nous a fait souffrir ou qu’il en a fait souffrir d’autres. Le beau film La Dernière marche montre des parents qui atteignent un niveau véritablement divin : ils acquiescent à la demande de pardon de l’assassin de leur fille.

L’intercession pour les méchants

Une âme biblique est capable, en suivant notre grand Messie, non seulement de renoncer à la satisfaction que des pécheurs soient châtiés, mais encore d’intercéder pour qu’à ceux-ci soient épargnée la juste sentence préparée pour eux. Le pardon est, dans son fond, animé par la volonté que tous soient sauvés. Plus que la justice, une âme pure aime la miséricorde, qui manifeste que Dieu est, non pas injuste, mais plus-que-juste. La parole du Seigneur Jésus oriente notre conscience vers cet horizon avec une perspective nouvelle : celle du repentir. Plutôt que de réclamer que nos débiteurs nous remboursent, demandons le remboursement de notre propre dette à l’égard du Père. Là est notre intérêt, si toutefois nous gérons notre existence en fonction de ce qui l’attend. Que répondrions-nous, si le Seigneur faisait la liste du mal que nous avons commis et du bien que nous avons omis ? Nous resterions muets comme des carpes. Nous ne trouverions pas de quoi nous justifier pour apporter la menue monnaie de notre dette.

Plaider coupable

Bien entendu, nous chercherons à nous excuser, c’est, psychologiquement, le réflexe erroné par lequel nous croyons fléchir le grand Juge. Mais c’est une stratégie maladroite car le Juge sait tout de nous : nous ne pouvons rien lui cacher et nous n’avons rien à lui apprendre. Plaidons coupable! Remettre les dettes, c’est dire : tu ne me dois rien ! Prions les  uns pour les autres, pour les défunts et pour les vivants, et pour nous-mêmes, en espérant entendre cette même parole : tu ne me dois rien, va en paix !

(a.p. M.-A. Costa de Beauregard, Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », le 5 septembre 2021).

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