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Evangile du 18ème dimanche après la Croix : Luc 17, 12-19.

L’historicité de l’Évangile –

L’évangile que nous avons entendu aujourd’hui nous montre bien la réalité du Salut. Bien entendu, c’est une histoire vraie, et nous saluons toujours l’historicité du saint Évangile. Mais son historicité est plus profonde que celle de la chronologie : il s’agit de l’histoire intérieure de l’humanité, l’histoire de son Salut. Les évènements extérieurs sont réels et vérifiables. Mais, dans le creux de cette réalité visible, il existe l’action du Créateur qui veut sauver tous les hommes de la mort éternelle et du péché. En profondeur, le Créateur n’est pas seulement « entré dans un village » : Il est entré dans sa Création en se faisant chair et se faisant homme.

La réalité de la condition humaine

Il est venu dans son propre peuple, et, par lui, dans l’humanité entière, et Il s’est laissé rencontrer par les hommes les plus déchus, les plus rejetés, les plus évités d’entre les hommes. Sait-on ce qu’est la lèpre, dans certains pays encore de nos jours ? Allons-nous sur Internet pour savoir ce que c’est que cette horreur ? Et savons-nous combien elle écarte les malades des autres hommes, comment elle les met au ban de la société ? Il fut un temps où les lépreux, dans certains pays, avaient l’obligation d’agiter une clochette pour annoncer leur venue et inviter les autres hommes à les fuir.

La lèpre du péché

La lèpre est la métaphore du péché. Elle est une maladie de l’âme qui rend insensible au bien et au mal, comme la maladie corporelle atteint les prolongements nerveux qui devraient signaler une brûlure ou une écorchure. Et l’insensibilité fait que l’organisme ne réagit pas pour se défendre ; et les lésions de l’âme comme celles du corps entraînent la décomposition. Par la lèpre de l’âme ou du corps tu pourris sur place. Tu te décomposes. Tes éléments se dissocient l’un de l’autre. Tu perds le bout de ton nez ou un doigt. Ton âme perd la faculté d’aimer, de communiquer, ou l’intelligence des réalités divines… Et la lèpre du corps comme celle de l’âme te sépare d’autrui ; elle te désocialise ; le péché te désecclésialise – humanité en miettes, repoussoir pour les autres hommes. « Mes proches se sont éloignés de moi », dit le psalmiste (Ps. 30 et 37).

Le Sauveur n’a pas dégoût de sa créature

Le péché est répulsif. Il ravage une communauté de l’intérieur. Et les lépreux sont parqués dans des lieux que personne ne veut fréquenter, métaphore de l’enfer où nul ne saurait aller pour chercher les autres. Seul le Christ, le Sauveur, l’Ami des hommes, le Créateur du ciel et de la terre et de tous les êtres visibles et invisibles, Celui qui, avec le Père et l’Esprit, modela l’homme à son image et pour sa ressemblance, se laisse approcher du lépreux répugnant. « Dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre » – dix, c’est beaucoup quand il s’agit d’une peste aussi redoutable ! Quel rabbin, quel maître en Israël se laissa-t-il jamais approcher par une foule de lépreux ? Et, non seulement Il se laisse approcher d’eux, mais c’est Lui qui, à Pâque, descendra dans l’enfer des êtres corrompus d’âme et de corps pour les purifier là où ils sont.

L’appel à la conversion

Quand Il dit à ceux-ci « allez-vous montrer aux prêtres », ce n’est pas pour les éloigner de lui-même et contaminer les autres ! C’est par respect pour la Loi. Lui, Il les guérit par son amour, sans rien leur dire, par surprise. Mais Il veut que les serviteurs du Temple et de la Loi sanctionnent son œuvre de Salut. Ces évènements sont rapportés pour notre conversion. Peut-être ne nous voyons-nous pas si mauvais,  si corrompus, détritus humains que nous a rendus le péché. Regardons pourtant en nous-mêmes ; regardons nos liens avec la communauté des baptisés et la communauté des hommes tout court. N’avons-nous pas besoin que le Sauveur réunisse les débris de notre âme et nous réunisse à la communauté des saints, des Pères, des Prophètes et des justes de tous les temps ? Nous aussi, sans honte, sans fausse pudeur, allons, comme ces lépreux, à sa rencontre par la pénitence et crions-lui : « Jésus, Maître, miséricorde ! » Sans même nous en rendre compte, une grande pureté naîtra dans la vie de notre âme et de notre corps.

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », dimanche 19 janvier 2020)