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Évangile du 21ème dimanche après la Croix : Matthieu 15, 21-28.

La Cananéenne –

L’usage roumain est d’entendre l’évangile de la Cananéenne le dimanche qui précède celui du Publicain et du Pharisien. Cette femme dont on ne connaît pas le nom apparaît ainsi, dans le contexte de pré carême, comme la figure du fidèle qui, conscient de l’impureté de sa vie et de la maladie de son âme (sa fille), se tourne avec insistance vers le Seigneur pour trouver guérison et Salut. La pédagogie de l’Église consiste, entre autres, à nous proposer des types avec lesquels nous pouvons nous identifier : la Cananéenne, le Pharisien, Zachée, c’est moi ! C’est à la fois l’humanité et chaque personne humaine, à qui il est proposé de jouir de la miséricorde du Seigneur. La Pâque divine est préparée pour tous les hommes, elle est universelle. L’entrée dans le Grand Carême est une porte largement ouverte pour ceux qui croient et pour ceux qui ne croient pas encore, ou pour ceux, comme la Cananéenne, dont la foi est tellement grande, comme en témoigne Dieu Lui-même.

La maladie de l’âme

Chacun d’entre nous peut avec foi présenter au Seigneur la maladie de son âme dans un repentir authentique. Chacun d’entre nous peut reconnaître honnêtement son tourment. La maladie de l’âme est bien souvent le tourment que nous infligent les pensées et les suggestions diaboliques. Celles-ci et les passions qu’elles engendrent rendent l’homme malade et souffrant : le péché est une maladie de l’âme et du corps. Saint Jean Climaque décrit cela. Et c’est l’enjeu du Carême que de discerner les maux qui nous affectent et d’en obtenir la guérison. Le Carême est, pour une grande part, une quarantaine thérapeutique, une période de cure bonne et utile qui a pour but de libérer en nous la capacité de voir Dieu en tout et notamment de le voir dans notre prochain.

Carême thérapeutique

Le traitement des maladies de notre âme – convoitise, tristesse, jalousie, découragement, amour de l’argent, domination, vanité, dépendance au plaisir et au confort, amour de nous-mêmes – commence par la reconnaissance du mal, comme le montre l’exemple de la Cananéenne : « ma fille est tourmentée par un esprit mauvais ! » Ce n’est pas encore le vrai repentir, qui consiste à haïr le mal, mais c’est une prise de conscience, un constat, une déclaration véridique sur nous-mêmes devant le Seigneur qui est en face de nous. Nous ne nous guérissons pas nous-mêmes : le Christ est le vrai Thérapeute et Médecin, et nous pouvons nous tourner vers lui avec toute notre foi et tout notre espoir. L’Ami de l’Homme ne veut pas non plus agir en notre faveur de façon unilatérale.

Synergie des volontés divine et humaine

L’exemple de ce jour montre la rencontre, ou synergie de la volonté divine de sauver l’homme, et de la volonté humaine d’être guéri. Un miracle, la guérison de notre âme et de notre corps, est le fruit d’une extrême énergie humaine à vouloir ce que veut Dieu. Or, l’union des deux volontés, divines et humaines, constitue exactement le mystère du Christ, le Dieu-Homme, ce que nous contemplons le jour de l’Annonciation et, de façon suprême, à l’heure de Gethsémani : « que ta volonté soit faite ! ». Aujourd’hui c’est Dieu qui dit à l’Homme  « qu’il t’advienne selon ta volonté ! », admirable conjugaison des volontés divine et humaine.

La base de la Foi

Et la base de cette synergie est la confession de la foi. Le nom de « Fils de David » implique la reconnaissance de Jésus comme Messie. Par le saint Esprit, cette femme identifie le Fils de l’Homme, et peut le prier comme tel, en attendant de le prier comme Seigneur !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », dimanche 10 février)
> fresque de la guérison de la fille de la Cananéenne