Imprimer cet article Imprimer cet article

Évangile du 2eme dimanche de l’Avent : Luc 18, 18-27

Le système économique –

En ce deuxième dimanche de l’Avent, le Seigneur Jésus nous parle encore de la richesse. La possession constitue une vraie difficulté pour le Salut. Cette parole est pour tous les temps, mais elle est pour le nôtre, qu’obsède la constante préoccupation de s’enrichir. Toute notre civilisation capitaliste est interpellée par la parole évangélique ; tout notre système bancaire et fiduciaire, nos investissements, nos placements, le souci continuel de la rentabilité, de la productivité ; le harcèlement à la consommation. Et Jésus Christ nous dit aujourd’hui que la possession rend triste.

Deux tristesses

Il nous parle de la tristesse de ce monde. La tristesse selon le monde – il est dit que « l’homme devint tout triste » – est un péché parce qu’elle préfère la vie de mort à la vie de  vie en Dieu. Le péché est triste. Il existe une autre tristesse, qui est un grand charisme, la tristesse en Dieu ou selon Dieu. Celle-ci est liée au repentir, au deuil de nous être séparés librement et follement de notre Seigneur et de son amour en lui préférant quelque chose. Le riche de ce jour a éprouvé la première tristesse, provoquée par l’argent ; il éprouvera peut-être un jour l’autre tristesse, celle de s’être éloigné du Christ dont il était si proche. Les temps de carême, comme celui de Noël où nous sommes, sont donnés pour cela : pour que nous passions d’une tristesse à l’autre, et que la tristesse selon Dieu, la bonne et charismatique tristesse en forme de deuil, soit bien vite remplacée par la joie d’être avec notre Maître et de la célébrer.

Acquérir la joie de Dieu

Attristons-nous d’être privés du capital du Royaume, ce trésor d’amour et de familiarité divine, cette légèreté de la grâce substituée au stress des riches ou de ceux que persécutent les questions d’argent. Pleurons d’être tristes selon le monde, et nous connaîtrons la joie des saints, la joie d’une pauvreté charismatique qui a tout. Bethléem, la Grotte, Nazareth, le sable de la Palestine, quelle richesse ! Le Seigneur a dit que son Royaume n’est pas de ce monde, c’est-à-dire qu’il ne se construit pas avec les préoccupations de nos sociétés matérialistes, de droite ou de gauche. Mais Il a démontré que son Royaume peut être dans ce monde, au milieu de ce monde, parmi nous, au milieu de nous, en sa Personne même, pour ceux qui le préfèrent à tout. Bien sûr, en écoutant la parole de ce jour, nous pensons aux moines et moniales, qui semblent en tout cas l’accomplir à la lettre, et nous pouvons prier pour que le charisme monastique se développe sans mesure en notre temps et pour le Salut de notre temps : le monachisme semble souvent la seule réponse sérieuse aux enjeux de ce monde, la réponse la plus actuelle.

Le Royaume

Mais, le Royaume est encore plus proche que cela. Il n’est pas forcément lié à un état. Le Royaume de Dieu tient à quelque chose de très simple, dont tu disposes facilement, que tu sois moine ou non, que tu sois riche ou pauvre selon le monde : sa porte d’entrée est accessible, elle est ouverte – c’est la préférence d’autrui à soi-même. Le Seigneur Jésus a réalisé le Royaume dans sa propre vie, Lui le Pauvre, non selon le monde, mais selon l’Esprit. L’amour égoïste de soi engendre la tristesse. Le vrai amour de soi, qui est la haine de l’égoïsme, guérit de la mort et fait goûter la douce joie du Royaume. La préférence pour autrui est une dépossession de soi, mais celle-ci ne se suffit pas ; elle est elle-même la porte de la « paix sur la terre », « bienveillance parmi les hommes », allégresse des anges !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 25 novembre 2018)

> fresque du jeune homme riche