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Evangile du 4eme dimanche de l’Avent : Luc 13, 10-17. – Conception de la Mère de Dieu

Un évènement historique –

La guérison de la femme courbée est célèbre. Comme d’autres épisodes évangéliques, elle est historique, d’abord parce qu’elle rapporte un évènement réel, survenu entre Béthanie et Jérusalem, dans un des villages que le Dieu Homme, marchant sur les routes de ce monde, traverse, et dont Il visite la synagogue. Elle est également historique parce qu’elle est une étape irréversible dans l’Histoire universelle ; la venue dans le monde du Verbe fait chair et fait homme marque le déroulement des temps, de tous les temps : le monde, avant et après Jésus-Christ, n’est plus le même. Aussi la proclamation liturgique de cet évènement a-t-elle sa place dans la préparation de Noël. L’Histoire a deux dimensions : la période antérieure au premier avènement, temps des prophètes et de la quête mystique des peuples païens et de leurs cultures ; et une deuxième phase, marquée par le retour en gloire du même Dieu et Verbe et sa présence.

Coïncidence providentielle

La coïncidence de la conception miraculeuse des saints Ancêtres de Dieu Joachim et Anne avec l’épisode de guérison est ici remarquable. La conception de celle qui sera la Mère de Dieu éclaire prophétiquement la première phase de l’histoire humaine : elle annonce l’Incarnation du Verbe, puisqu’aujourd’hui est conçue celle qui rendra possible au Créateur de devenir chair et de devenir homme. Marie est la clef humaine de l’économie divine, parce que son charisme est celui du consentement et de l’obéissance mystique aux desseins de Dieu. Marie est la coopératrice de Dieu, la femme debout, symétrique de la femme courbée. La conception de la Mère de Dieu rencontre, cette année, le redressement, non seulement du Peuple de Dieu, mais de l’humanité entière. Comment le Seigneur a-t-Il relevé Ève de son hypnose terrestre, de sa fascination par les réalités terrestres ? Comment aujourd’hui l’Ève courbée, incapable de regarder le ciel, se redresse et rend gloire à Dieu ?

Les deux Ève

Mais, par l’Incarnation ! – par la présence, uni à sa chair, du Verbe, non seulement homme parmi les hommes, mais hypostase, c’est-à-dire sujet de l’humanité entière. L’Ève déchue rejoint Marie la nouvelle Ève parce que sa chair est devenue par la divine Incarnation, la chair, le sang et la pensée de son Seigneur et Dieu. En Marie, le Dieu Homme s’est fait la Tête et le Corps de chaque personne humaine, d’où la facilité extraordinaire du miracle : à distance, par la simple voix, et ensuite, s’étant approché, par l’imposition des mains, le Fils de Dieu et de la Vierge redresse instantanément la bossue. Comment cela se fait-il ? Est-ce l’action magique d’un super thaumaturge ? Non ! Mais la nature commune que nous avons tous héritée du Verbe par son humanisation fait qu’Il agit pour nous, non pas de l’extérieur comme sur des objets, mais de l’intérieur de sa propre humanité qui est également la nôtre.

Le miracle de l’Incarnation

La joie de Noël, qui se travaille à l’avance pendant tout ce temps, est celle du redressement, par l’effet de l’union de la nature humaine et de la nature divine dans la personne divine du Verbe, de l’humanité déchue. De l’Ève courbée à l’Ève Mère de Dieu, l’humanité, celle de notre temps, trouve en Jésus Christ, selon un Père contemporain, le Sauveur et « la réponse à tous [ses] problèmes… Il est en vérité l’axe mystique de l’univers » (arch. Sophrony, Sa vie est la mienne, Cerf, Paris, 1981, p. 33).

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 9 décembre 2018)