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Evangile du dimanche après la Nativité : Matthieu 2, 13-23

Pas d’idéalisme –

Dimanche dernier, le saint Évangile affirmait l’identité historique, biblique et juive de Jésus Christ. Depuis lors, mercredi dernier, nous avons glorifié,  avec les anges, les mages et les bergers, la personnalité exceptionnelle à dimension universelle, dépassant le judaïsme, de celui qui, étant Dieu avec le Père et l’Esprit, vient dans le monde pour travailler l’humanité de l’intérieur. Mais cette opération divine secrète qui transfigure l’homme depuis le sein de sa nature profonde est d’autant plus réelle qu’elle assume la condition humaine dans toute son horreur. Jésus n’est pas un superman, et Il n’a pas idéalisé ce monde ; Il n’a pas non plus recruté quelques idéalistes appelés chrétiens. Pas du tout ! Le sérieux historique, la crédibilité historique de Dieu, sont scellés par le sang.

Crédibilité du sang

Dès sa naissance selon la chair, Il est promis à la Croix. À peine marche-t-il, les puissants de ce monde le poursuivent pour innocence. L’insupportable innocence des innocents, des enfants et du Christ Lui-même excite la cruauté des despotes. L’insupportable amour lu dans le regard des enfants est une provocation pour tout ce qui, dans la Création, a fait un pacte avec la mort. Jésus enfant est la cible de la cruauté des pouvoirs. Aujourd’hui commence sa passion volontaire, car Il a choisi de venir dans ce monde tel qu’Il est, et de s’insérer, comme entre les mâchoires d’une pince, là où l’humanité souffre le plus. Il a choisi de rejoindre le cri d’horreur des parents dont on assassine les petits sous leurs yeux.

Du côté des victimes

Il a choisi d’être la proie des infanticides de tous les temps. Il s’est mis du côté des victimes de ce que l’homme fait à l’homme, du côté des enfants, du côté des femmes, du parti de ceux que tout condamne en faveur du bon ordre des choses. Le massacre des petits de ce monde est le rendez-vous du Fils unique et Verbe de Dieu avec l’Histoire. S’Il a voulu leur échapper, comme Il le fera plus tard étant adulte, choisissant et non subissant l’heure de sa mort, c’est pour préparer sa Pâques glorieuse où Il sera l’Innocent absolu livrant sa vie pour l’assassin, son double paradoxal, Barabbas, qui se traduit « fils du Père ».

Le choix divin

Le choix divin est paradoxal. Jésus pouvait empêcher l’infanticide en pulvérisant Hérode ; Il pouvait éviter sa propre mort et laisser Barabbas être exécuté comme il le méritait bien ; Il pouvait, en appelant les armées célestes, renverser les misérables fantassins de Gethsémani. Son choix est autre. Il a choisi, et Il continue de choisir, d’être à la croisée du bien et du mal, à la croisée des saints et des pécheurs, à la croisée  des bourreaux et des victimes. Il a choisi de pénétrer la condition humaine et de la transformer de l’intérieur, alors qu’Il pouvait, comme Seigneur et comme Dieu, agir sur elle de l’extérieur, comme sur l’objet de son pouvoir.

Le triomphe des innocents

Le sang versé atteste l’historicité de l’Incarnation ; et il annonce la grande victoire pascale où tous les innocents du monde, depuis Abel jusqu’à nos ours, triompheront d’amour en pardonnant à leurs bourreaux et en intercédant pour eux. L’infanticide légalisé est le plus atroce du monde. Mais les innocents sont des rois, des princes, des seigneurs et, au dernier jour, les méchants et les puissants ramperont devant les doux et devant les humbles.

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie »,dimanche 29 décembre 2019)