Imprimer cet article Imprimer cet article

Évangile du dimanche, Matthieu 17, 14-23 et du Précurseur : Marc 6, 14-30.

Jour de gloire –

Cette année l’exécution du saint prophète et précurseur du Christ le Baptiste Jean coïncide avec le dimanche, ce qui donne un ordre très particulier. Voilà un dimanche qui se trouve un jour de jeûne strict, contradiction avec la fête de la Résurrection. Mais les chants prévus par l’ordo sont ceux d’un dimanche : « Gloire à ta Résurrection, ô Christ! » chante le premier tropaire. On exalte ensuite le Précurseur : « la mémoire du juste s’accompagne d’éloges… tu t’es montré de tous les prophètes le plus grand » ; le kondakion appelle le meurtre de Jean Baptiste « un acte dans l’œuvre du Salut, puisqu’aux enfers il annonça la venue du Sauveur ». Et le kondakion final honore les saints Ancêtres du Seigneur en vue du 8 septembre, Conception de la Vierge. Que d’évènements glorieux ! Que de motifs de faire la fête et d’organiser une agape !

Jour de ténèbres

Et pourtant, non, ce jour est un jour sombre. L’univers entier, par le ministère de l’Église, porte le deuil du juste qu’est le Précurseur. L’univers entier se repent de cet assassinat et nous instruit ainsi : devant les horreurs qui se passent dans notre monde, et dont l’actualité nous est transmise par les médias, l’attitude des saints est le repentir. Devant les monstruosités qui sont commises sur la terre, nous entrons dans le jeûne et la prière, quel que soit le jour. Quoique nous soyons dimanche, l’atmosphère sera celle d’un vendredi, jour où le Juste fut mis à mort ; jour où l’Innocent fut massacré par ses bourreaux ; jour où les pécheurs endurcis semblent avoir la victoire dans ce monde.

La contestation des saints

Ainsi protestent les saints : par le jeûne, ils contestent le triomphe des pécheurs, ils dénoncent les pouvoirs abusifs, ils détestent le meurtre des innocents. Par le jeûne, les saints disent Non aux déviations, aux débordements, au despotisme des forts sur les faibles, à l’abus du pouvoir. Par le jeûne, ils confessent la liberté de toute âme pure. Jeûner, c’est dire Non : non au péché, non à l’oppression, non au scandale du supplice des innocents. Bien souvent les images de l’actualité nous incitent au jeûne et à la prière pour le monde. Ce jeûne et cette prière, façon de nous désolidariser du péché, peuvent aller jusqu’à implorer le pardon des pécheurs. En effet, une âme sainte ne peut pas souhaiter que l’enfer soit promis aux méchants. Une âme pure veut que tous soient sauvés même les pires des hommes.

Le jeûne et la prière

Et en ce temps d’oppression d’une grande partie des peuples de la terre, d’exploitation et d’asservissement des femmes et des enfants dans des pays où une horrible violence a le pouvoir, le jeûne est l’arme de ceux qui croient. Le Christ le dit bien dans l’évangile de ce jour : le démon « ne sort que par la prière et le jeûne ». Ainsi le jeûne du jour de l’assassinat du Juste est un jour où les baptisés s’engagent pour la purification du monde, pour l’exorcisme de la société civile et du cosmos tout entier. Dans beaucoup de pays ces temps-ci, la convoitise et l’amour du pouvoir font naître le supplice, la torture et la mort. Mais, comme le dit l’ordo liturgique de ce jour, le Juste triomphe, les innocents ne peuvent être souillés, les saints ne peuvent être vaincus : Hérodiade, figure de la séduction et du pouvoir exercé sur ceux qui convoitent, « gémit à présent…, car… elle aima… les illusions qui ne durent qu’un moment ». Le deuil et le jeûne de ce dixième dimanche après la Pentecôte signalent en réalité la défaite des pervers et la transfiguration des justes. Le chant de communion le dit : « En mémoire éternelle sera le juste ; il ne craindra pas l’annonce du malheur ! »

(a.p. M.-A.) – 29/08/21