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Le 5ème dimanche de Carême : sainte Marie l’Égyptienne : Mc 10, 32-45.

La tentation du pouvoir –

En cet ultime dimanche de Carême, le Christ met en garde ses disciples devant la tentation du pouvoir, que le diable lui avait présentée au désert : ambition d’être en valeur, du côté des décideurs, des chefs qui jouissent des honneurs et font obéir les autres. C’est pour le bien, disent les totalitarismes religieux et politique. Dans la Semaine sainte, la tentation du pouvoir est si forte qu’elle fait livrer l’Innocent. Le Christ enseigne une hiérarchie, non de pouvoir, mais de service et de sacrifice : la Coupe en est l’emblème. À nous, secoués par un fléau planétaire, un message est adressé : quelle société, quelle Église voulons-nous ?

Le fléau

Voyons-nous l’esprit de domination, dénoncé par saint Éphrem le Syrien, lové comme une vipère dans nos cœurs ? Le fléau est la pièce d’une balance qui oscille entre deux poids, image du discernement. C’est également un outil qui sépare le grain de la balle. La calamité qui s’est abattue sur les peuples de la terre pourrait bien servir à discerner les esprits qui se logent dans les cœurs : les plus pervers à débusquer sont la fausse gloire, l’orgueil et la domination. Le remède du Christ est le sacrifice de soi, la coupe du sang versé pour la vie du monde, l’immersion baptismale dans l’Esprit. Les solitaires rencontrent au désert les grandes tentations.

Le repentir

Ils y connaissent le baptême du repentir qui désamorce toute ambition. Ils ont, comme dans le deuxième évangile de ce jour, versé des larmes d’amour sur les pieds invisibles du Sauveur. Au désert, Jean Climaque et Marie l’Égyptienne renoncent à tout pouvoir et suivent l’ardeur d’un cœur qui aime à la folie le Sauveur Jésus, et ne veut être par rien séparé de lui. Sainte Marie, à qui est dédié ce dernier dimanche de la quarantaine, est, en personne, la réponse à tout ce qui conduit à exploiter les autres hommes et à épuiser la Création. Cette année, le Seigneur a voulu que les baptisés partent au désert, renoncent à la vie sociale, à l’efficacité, à la maîtrise sur les créatures, et trouvent refuge dans la maison de leur cœur, dans le désert de leur cœur, pour y explorer les pensées qui s’y nichent.

Le renouveau

Jacques et Jean voulaient des places dans le gouvernement politique ou religieux de ce monde ; Marie l’Égyptienne se retire pour goûter le vrai pardon que le Christ accorde à celle qui l’aime beaucoup. Serait-ce le plan divin de ce temps de calamité : un gouvernement, une Église, fondés sur la connaissance de soi et de ce qui s’y cache ; des communautés d’amour inspirées d’une relation personnelle avec le Sauveur ; une hiérarchie de service, nourrie par l’expérience mystique ? Le fléau dégage la vérité du blé pour le pain d’une vraie eucharistie ; il penche vers la miséricorde ; il est également le Nom divin, arme d’humilité qui fracasse tout orgueil et tout despotisme. Par le repentir et l’humilité, Marie foula l’eau du fleuve, en souveraine des lois cosmiques. Nous pouvons, à sa suite, retrouver une vraie responsabilité dans ce monde.

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », dimanche 5 avril 2020)