Imprimer cet article Imprimer cet article

L’épiclèse et la Pentecôte

Sens du mot –Liturgie Louveciennes

« Épiclèse » signifie « invocation sur » ou « au-dessus » – epi + kaleô en grec. Il désigne généralement la prière adressée au Père céleste pour qu’Il daigne envoyer l’Esprit saint sur les dons – Agneau et Calice – désignés par le Fils comme son Corps et son Sang. Ce n’est donc pas à proprement parler une invocation du saint Esprit. En revanche, dans la belle prière que nous disons à partir de la Pentecôte, l’Esprit est directement appelé : « Roi céleste, Consolateur… viens et fais ta demeure en nous ! »

L’épiclèse eucharistique

Dans la divine liturgie – ou liturgie eucharistique – depuis les temps anciens, l’épiclèse a été considérée comme indispensable à la consécration des saints Dons. Pourquoi ? – parce qu’elle actualise effectivement l’évènement de la Pentecôte : glorieuse descente de l’Esprit du Père sur ceux qui croient dans Jésus le Fils de Dieu – et, par eux, sur la création tout entière. Une célébration sans épiclèse réduirait le sacrement eucharistique à l’œuvre du Christ, et manquerait de toute la réalité trinitaire qui advient par la venue de l’Esprit. Le texte de l’épiclèse eucharistique dans la divine liturgie selon saint Jean Chrysostome est le suivant : « Nous t’offrons encore ce culte spirituel et non sanglant et nous t’invoquons, nous te prions et nous te supplions : envoie ton Esprit saint sur nous et sur les dons qui sont présentés ici. Et fais ce pain – Corps précieux de ton Christ ; et ce qui est dans ce calice – Sang précieux de ton Christ – les transformant par ton Esprit saint ! »

Saint Hippolyte

Le texte d’une très ancienne liturgie latine, l’anaphore de saint Hippolyte de Rome, dit : « Nous t’offrons le pain et la coupe, en te rendant grâce de ce que Tu nous as jugés dignes de nous tenir devant toi et de te servir ; et nous te demandons d’envoyer ton Esprit saint dans l’offrande de ta sainte Église, pour la rendre Corps et Sang de Jésus Christ ton Fils. En les rassemblant, donne à tous les sanctifiés qui en reçoivent d’être remplis de l’Esprit saint, pour que leur foi soit confirmée dans la vérité ». Cela veut dire que les seules paroles du Christ ne suffisent pas pour accomplir le saint sacrifice. Sans l’Esprit, l’œuvre du Verbe attend son accomplissement, et les dons ne sont pas véritablement consacrés.

La glorieuse Descente de l’Esprit

La Pentecôte s’actualise quand le Père exauce la prière de son peuple et celle de son Fils glorifié à sa droite. « L’oblation ne peut être sanctifiée là où n’est pas l’Esprit saint », écrivait en Occident, au IIIème siècle, saint Cyprien de Carthage (P.L. t. IV, col. 392). Avant lui, saint Irénée, au IIème siècle, dit que la consécration des offrandes a lieu par l’invocation de Dieu (epiclisis tou Theou) et la parole de l’invocation (logos tis epikliseos – P.G. t. VII, col. 580). Saint Cyrille de Jérusalem écrit au IVème siècle : « Nous supplions le Dieu Ami de l’homme d’envoyer le saint Esprit pour que Celui-ci fasse du pain le Corps et du vin le Sang du Christ » (P.G. t. XXXIII, col. 1113).

Présence corporelle du Christ

Ainsi, chaque fois que l’Église célèbre la divine liturgie, l’Esprit rend présent corporellement le Christ dans les offrandes présentées par l’Église. Chaque fois, l’Esprit descend pour enflammer l’intelligence et le cœur de ceux qui croient en Jésus vrai Dieu et vrai Homme, les illuminer et les sanctifier. Il leur permet de communier à la présence corporelle du Fils de Dieu incarné. Il réalise le mystère de l’Église comme sacrement de la présence du Christ dans son Corps, dans ses membres et, par eux, dans son monde.