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Comment prier pour un non baptisé ?

Nés d’En Haut –Saint Silouane

La prière, telle que nous l’a apprise le Christ, c’est-à-dire le Dieu-Homme, découle de la liberté et respecte celle-ci. Certes, il arrive souvent que l’on prie pour être libéré par le Libérateur, le Christ ou l’Esprit saint, Souffle de la liberté. Mais, en fait, la liberté de prier a été donnée par le Christ à ceux qui mettent leur foi en lui ; et, dans le saint baptême, elle est communiquée à l’homme, avec la naissance d’En-Haut. La prière est l’apanage de l’homme libre. Elle appartient également à celui qui, comme Dieu lui-même, aime la liberté des autres.

La liberté de prier

Le chrétien a la liberté de prier pour tous, croyants ou incroyants, parce qu’il est habité par l’amour que Dieu a pour tous les hommes. Le Seigneur Dieu s’est fait Homme et Il est entré dans la condition humaine, Il s’est fait intérieur à sa créature, Il a uni à sa divinité toute la nature humaine. Ainsi, tout être humain, même s’il ne connaît pas encore Dieu, même s’il ne sait pas encore qu’il est par nature habité par le Christ, a une capacité naturelle à jouir de l’amour que Dieu a pour lui.

Tous sont aimés

Aucun être humain, y compris celui qui ne croit pas encore, n’est un étranger, ni pour Dieu, ni pour les membres de l’humanité et du Corps de Dieu qu’est l’Église. Et l’amour, la compassion, le souci, la préoccupation paternelle de Dieu pour chaque personne humaine est immense, inconcevable pour nous, qui employons quelquefois à la légère le mot amour. Ainsi, regardons les personnes humaines qui nous entourent, celles qui croient et celles qui ne croient pas ; celles qui croient croire et celles qui croient ne pas croire : comme Dieu les aime ! Notre cœur bondit de l’amour que le Christ a pour elles… Comment ne pas aimer ceux que Dieu aime ? La prière pour tous, y compris pour les non baptisés, découle de cet amour, l’amour du « prochain ».

Le respect

L’amour engendre le respect. Nous ne pouvons pas demander à Dieu d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ne peut-on donc pas prier pour la conversion de ceux qui ne croient pas ? – Si, mais en étant bien conscients que le Seigneur n’a jamais converti quelqu’un de force. Relisons le saint Évangile… Saint Silouane a prié en demandant au Seigneur de donner le saint Esprit aux hommes afin qu’ils le connaissent par le saint Esprit. Cela revient à demander à Dieu la liberté pour les hommes, car l’Esprit est le Souffle de la liberté : Il libère la liberté en l’homme ; Il procède par suggestions, par inspirations délicates, Il est comme une eau qui s’infiltre dans les interstices de la conscience humaine, afin d’humidifier le cœur et de le rendre apte à recevoir une parole de la Parole.

Nos offices

Les diverses formes de célébration liturgique et de sacrements de l’Église sont généralement écrites pour être prononcées par des personnes, ou pour des personnes, qui croient déjà, qui se sont jointes au Christ par les engagements baptismaux. Et ces offices ou ces sacrements sont d’autant plus adaptés que les personnes en question sont plus engagées, plus croyantes et plus conscientes de la présence invisible et réelle du Christ dans le monde, dans l’Église et dans leur propre vie. On ne peut pas imposer à un non croyant un office qui suppose qu’il croie ; on ne fait pas semblant. En particulier, les offices pour les défunts sont rédigés pour des personnes qui se sont endormies dans la vraie foi, pour des frères. Ces offices sont par eux-mêmes des confessions de la Foi.

La compassion

Ce charisme nous inspire de prier pour tous, revenons-y. Sans imposer une prière chrétienne à qui ne la dirait pas de lui-même, nous pouvons, soit prier comme le faisait saint Silouane – invoquer l’Esprit saint sur les personnes ; la prière est une épiclèse sur le monde et sur chaque personne humaine – ; soit utiliser les offices plus généraux que fournit la Tradition. Par exemple, l’acathiste pour les défunts est très universel, très inclusif, il embrasse même les suicidés, et ceux qui se sont endormis sans avoir pu être déliés de leurs péchés, sans avoir pu communier au Corps et au Sang du Dieu Homme. Ce type d’office correspond à l’amour que Dieu a pour tous les hommes et, en même temps, il ménage un espace pour la liberté, quand, sous le souffle du Souffle, elle s’éveillera. En effet, ce n’est que dans la liberté que la personne peut aimer Dieu et se laisser aimer par lui.