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L’univers parle-t-il de Dieu ?

Le monde de Dieu –

Le monde en tant que création n’est pas une existence en soi et pour soi ; il n’est pas une existence sans commencement ; mais il a son commencement et son principe (« archè ») dans la volonté unique du Père et du Fils et du saint Esprit. Dire que le monde est créé – monde angélique, espace, temps, êtres inanimés et êtres animés, réalités « invisibles et visibles », selon la parole de la Genèse et le Symbole de Nicée-Constantinople – revient à dire qu’il est la manifestation de la volonté divine. La révélation par le saint Esprit que le monde est créé fait de lui moins l’effet d’une cause – pensée liée à la logique déchue – que le « phénomène » de l’amour trinitaire.

L’univers comme théophanie

Le monde est la théophanie de l’amour divin : à la notion déchue de preuve de l’existence de Dieu, la théologie prophétique de l’Église du Christ substitue de façon salvifique la notion de révélation de l’existence de Dieu. Le « monde » (« kosmos »,  « poièsis »,  « ktisis ») révèle Dieu. De même, l’existence de l’Homme et son projet, se situant en deçà de toute causalité, n’ont pas à être justifiés ou prouvés : l’Homme est un être phénoménal, comme l’ensemble du créé. Avant d’être l’objet d’une explication, il apparaît et il est rencontré. La théologie de l’Homme, loin d’être une science de l’Homme, ne cesse d’approfondir indéfiniment la richesse du « phénomène humain », de l’apparition de l’Homme devant la face de Dieu – richesse qui est celle de leur mutuelle apparition, car il y a, du point de vue de l’Homme, un « phénomène divin », et une apparition du divin. Philosophiquement parlant, il vaudrait la peine de reprendre, dans la perspective théologique, la méthode initiée par Heidegger (cf. Jean Beaufret, « Dialogue avec Heidegger », vol. 3, éditions de Minuit, Paris, 1974, p.52-69).

Monde lumière

Le verbe grec « phainô » – d’où vient « phénomène » – exprime une manifestation lumineuse ; mais la phénoménologie de la création – comme celle du Créateur – relève d’une lumière incréée, suivant la doctrine orthodoxe, celle des Pères cappadociens développée au XIVème siècle par saint Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique. Cette lumière divine irradie dans l’Esprit le vouloir aimant du Père : absolument immatérielle elle est simultanément parole : « phainô », luire, et « phèmi », parler, sont de même racine. La langue roumaine, comme l’avait remarqué Olivier Clément (préface au « Génie de l’Orthodoxie », Paris, 1985, p. 13), fait jouer les mots « lume », le monde, et « lumina », la lumière : le Christ est « lumina lumii », Lumière du monde. Et le monde, la création, l’univers irradient la lumière de l’amour divin.

Verbe-Lumière

L’ancien grec « phaos » est la lumière : « phôs ». Le verbe « phèmi », parler, est de cette racine. L’appel gnoséologique consiste ici à connecter « logos » et « phôs » : une « phénoménologie » de l’Homme connecte la parole, qui fait apparaître l’être humain (« faisons l’Homme! »), à la lumière de son apparition, le logos de l’Homme et sa lumière. De même, le Logos divin selon saint Jean l’Évangéliste, est Lumière. Le concept de phénomène ne se relie pas ici, comme dans la description et l’étude scientifique des phénomènes de la nature, à une causalité : il signe la pure gratuité de l’être créé, voulu par l’Hypostase divine en son amour inconditionné et non conditionnant.

Il y a une équivalence « originelle », ou « principielle », de la lumière et de la parole divines (cf. Jn.1, 3) : le monde de Dieu est l’expression lumineuse de la sagesse aimante de Dieu. C’est dans son monde qu’a été manifesté le dessein chéri du Père: c’est-à-dire la créature humaine, qui est la « gloire » de Dieu. Ce terme de gloire, particulièrement lié au thème de la lumière (cf. Petit Robert, Paris, 1970, p.788), est fréquent chez saint Irénée (Adv. Haer. III, 20, 2; IV, 13, 3; 14, 1; 20, 7; 39, 2. V, 3, 1; 6, 1), pour désigner l’homme.

(Extrait du « Sacrement de l’Homme », livre à paraître de l’a.p. Marc-Antoine Costa de Beauregard).