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J’éprouve de la jalousie : que faire ?

Jalousie et envie –

La jalousie est un esprit de possession exclusive. En un sens positif il est dit que Dieu est « jaloux » : Il ne veut pas partager l’amour avec les idoles. Elle peut se confondre avec l’envie quand elle est la douleur de voir d’autres personnes jouir d’un bonheur dont on ne peut jouir. Dieu n’envie pas, parce qu’Il est sans désir et sans besoin. La jalousie, mêlée d’envie, est une rivalité, quelquefois sans merci, avec ceux qui possèdent un bien, la faveur d’une autre personne, la santé ou l’harmonie du couple et de la famille. Le jaloux, parce qu’il ne peut jamais posséder suffisamment à son goût, et l’envieux, parce qu’il ressent toujours l’injuste frustration d’un bien qu’il réclame, souffrent. Ce tourment, croix inversée, est celui de l’enfer, contrée mystique des envieux.

Satan est jaloux

Il est dit que ces passions de l’envie et de la jalousie sont filles de Lucifer. L’archange de lumière devint celui des ténèbres quand il conçut de l’envie à l’égard de l’homme récemment créé par Dieu. Trompé par sa propre lumière, Satan fut alors jaloux qu’un autre que lui jouisse de l’amour de Dieu, et il envia la tendre familiarité du Seigneur et du sceau de son image, l’homme. Mais il conçut également de la jalousie à l’égard du Créateur, l’envie de son pouvoir sans limite, et la rivalité avec sa divinité même. Il voulut être, à la place du Seigneur, le dieu des créatures nouvellement apparues. Il les attira vers lui-même, et réussit par illusion à les séduire. Un non-dieu se fit le dieu des hommes, un dieu usurpé et trompeur, proposant un bien sans Dieu, c’est-à-dire un mal produit de façon illusoire par le Malin. Ce mal est le refus de l’ouverture trinitaire.

L’origine du mal

Une créature qui n’est qu’innocence et bonté peut se tromper : son amour peut s’invertir en haine et sa lumière en ténèbres – instabilité des créatures dans le bien. La jalousie, ou l’envie, ne sont donc pas seulement des caractères psychologiques, qui font que tu as toujours envie de ce qu’autrui possède – fondement de notre système économique. Ces passions ont une genèse spirituelle et angélique. Elles sont étroitement liées au mystère de l’apparition du mal, de la souffrance et de la mort dans un monde et dans une humanité créés bons et innocents. Le mal est la perversion d’un bien. La jalousie associée à l’envie est la perversion de l’amour. Les créatures sont toutes bonnes par nature ; mais aucune n’est infaillible par nature. On peut se tromper d’amour.

Quel remède ?

Impossible à l’envieux d’entrer dans le Royaume. La guérison souhaitée vient en premier de la reconnaissance de son erreur, qui nous fait sortir de l’illusion ; en deuxième, du repentir, qui nous fait haïr la jalousie envieuse et la haine ; en troisième, du jeûne et de l’abstinence, par qui vient le renoncement à soi ; en quatrième, de l’action bienfaisante à l’égard de ceux que nous jalousons avec envie ; et surtout, de la prière. Quelle prière ? – l’action de grâce, la louange pour ceux que nous jalousons et envions : « gloire à toi, Seigneur, pour ton serviteur N…, pour tes serviteurs N…et N…, Seigneur, gloire à toi ! » C’est une prière ascétique. Exerçons notre cœur à se réjouir pour autrui. Rééduquons-le jusqu’à ce qu’il ait acquis, non de lui-même, mais de Dieu, la grâce d’une joie sans limite pour ceux dont le bonheur l’affligeait jusqu’à vouloir le détruire.

L’exemple de Dieu

Rompant alors avec l’esprit diabolique, celui qui enviait ne se sentira alors ni exclu du bonheur d’autrui ni frustré du sien propre. Il sera assimilé à Dieu. Le Seigneur commença par faire exister un seul homme. L’amour entre eux était alors unique et exclusif, mais enfermé sur soi. Il fit advenir une deuxième personne humaine, et l’amour de deux s’ouvrit sur un troisième. Mais, surtout, Dieu, loin de s’affliger de l’amour mutuel de l’homme et de la femme, s’en réjouit grandement et Il bénit le couple. L’amour de deux autres est la joie de Dieu ; le Seigneur n’éprouve ni frustration ni sentiment d’exclusion. Au contraire, quand tu te réjouis de l’amour de deux qui s’aiment, par exemple tes enfants, tu communies à leur bonheur, et tu vis l’amour dans sa plénitude. Père Dumitru Stàniloae disait une fois que le saint Esprit exulte de l’amour du Père et du Fils et communie ainsi à leur unique amour.