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Le Carême et nos enfants

Ne pas sous-estimer nos enfants –

Nous avons demandé le baptême de nos enfants. Nous avons alors fait un choix éducatif. Nos enfants ont été « immergés » (c’est le sens du mot baptême) dans la vie et l’expérience de la Bible et de l’Église. L’éducation consiste d’abord, non à partager des idées et des valeurs, mais à participer par le saint Esprit à l’expérience de la vie du Christ et en lui. Par la grâce du saint baptême, nos enfants sont aptes à profiter du mode de vie divino humain transmis par les différentes richesses de la tradition apostolique et patristique. C’est pourquoi, nous ne devons pas hésiter à laisser nos enfants faire, à leur échelle, l’expérience du saint Carême. Comme le dit un de nos théologiens, « tu es ce que tu vis ».

L’alimentation

Sans être la richesse unique de cette belle période, elle a toute son importance. L’homme se définit par ce qu’il mange et boit, et il définit par cela également sa relation avec la société et avec la Création tout entière. L’exemple de grandes personnalités comme saint Nicolas et saint Sabbas, qui s’abstenaient étant tout-petits de certains aliments, montre qu’on a toujours pensé que les petits enfants ne devaient pas être exclus de l’expérience de l’Église. L’abstinence de toute viande animale – ne pas cuire de viande à la maison pendant le Carême – est une pratique ancienne qui ne devrait pas faire l’objet d’une discussion. Dès que possible, c’est-à-dire avant trois ans, nous pouvons dire au petit que la viande est liée à la mort et que nous voulons, au moins pendant quarante jours ( !), nous désolidariser du meurtre et du sang versé. Le Carême, témoignerons-nous devant nos enfants, est la découverte d’un mode de vie sans violence, donc sans disputes et sans guerres non plus.

L’école

Nous disons toujours à nos enfants tout le bien que nous pouvons dire de la société civile et de l’École. Toutefois, quand il rentre à la maison, l’enfant saura que, dans cet espace privilégié, on apprend à vivre comme les amis du Christ. À la cantine, qu’il prenne ce qu’il y a, suivant les possibilités, sans crispation, sans sectarisme. Mais, à la maison, on suit le Carême, parce qu’on apprend une certaine expérience de la vie. Ceci est vrai, bien entendu, de la Paroisse dont la famille est membre et qu’elle fréquentera plus souvent pendant cette belle période. Ceci est vrai des monastères où les parents, ou d’autre adultes de la communauté, pourront conduire les enfants au cours de cette quarantaine. L’enfant découvrira qu’il n’y a pas qu’à la maison qu’on suit cette expérience : tous les membres de la communauté de l’Église assument ce mode de vie et cette civilisation qui est celle de l’Évangile.

L’aumône

Un de piliers du Carême est l’expérience de donner à autrui ce que l’on possède, pour se déposséder et par amour pour le prochain. Nous pouvons à la maison avoir une petite tirelire dans laquelle, en accord avec les enfants, nous plaçons l’argent que nous ne dépensons pas en viande, en friandises, et, au cours de la sainte Quarantaine, en laitage et en œufs. Ce sera l’argent des pauvres. On le distribuera ensemble, de façon naturelle, en rencontrant telle ou telle situation, telle ou telle personne. Par exemple, si l’enfant fait des courses avec sa maman, il  sera facile à celle-ci de lui montrer, soit qu’elle renonce à certains aliments, soit qu’elle en achète certains pour les donner, avec la participation de l’enfant, à des personnes qui en ont besoin.

L’amour de la Création

Cet amour peut se développer à la faveur du Carême : on apprend à respecter l’animal qu’on ne mange pas, qu’on ne regarde plus comme une proie. On peut nourrir certains animaux, soigner les plantes, éviter de polluer la terre, renoncer à certains emballages, renoncer, justement quand on fait les courses, aux aliments, biscuits, crèmes chocolatées ou autre, qui contiennent cette huile de palme qui entraîne la souffrance et la mort de belles créatures de Dieu. La conscience écologique est d’abord une conscience théologique : le monde et ses habitants sont des créatures de Dieu et lui appartiennent. Si l’on lit la Bible avec l’enfant, on verra bien que les créatures sont confiées à l’homme pour leur épanouissement, non pour leur exploitation égoïste.

La prière

Le Seigneur Jésus Christ nous a appris que le Carême est, non pas une période de privation, mais un changement de régime : se nourrir en premier lieu de la parole de Dieu. En temps de Carême, nous pouvons lire avec nos petits des passages de la Bible qui leur conviennent ; nous pouvons dire tous les jours la prière de bénédiction du repas, qui rappelle que les aliments nous sont offerts par le Créateur ; nous pouvons, tous les jours, dire ensemble la prière de saint Éphrem ; nous pouvons dire de tout-petits offices à la Mère de Dieu, à un Saint et, surtout, adressés au Christ. En particulier, nous pouvons accompagner nos enfants dans la démarche incontournable de la confession. Dès trois ans, nous pouvons préparer avec eux, en écrivant les fautes sur un petit papier, la rencontre qu’ils feront avec le Christ en compagnie de leur prêtre.

Laissons également nos enfants faire leurs propositions pour le Carême…