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Mon enfant n’obéit pas !

Contraindre –

Un saint contemporain, Père Porphyre, donne des conseils utiles dans le domaine éducatif («Vie et paroles » et « Anthologie de conseils », L’Âge d’homme, Lausanne, 2003 et 2007). Il insiste souvent sur le fait que lorsque nous usons de contrainte nous provoquons une réaction de la part de l’enfant. Il conseille plutôt la persuasion, sur la base d’un amour dont l’enfant doit pouvoir ne douter en aucune façon, et en usant de l’argumentation et du dialogue. Ne surestimons pas l’enfant, mais ne le sous-estimons pas non plus. Souvent des cas d’insolence avérée, de désobéissance ou d’opposition et de conflit sont les symptômes d’une situation déjà largement dégradée : il aurait fallu (si possible !), en amont, anticiper !

Sanctionner

Le terme peut prêter à malentendu. Au premier sens, il  signifie constater une situation et en tirer les conséquences. C’est ici la signification la plus intéressante du terme. Pédagogiquement, nous pouvons aider un enfant en difficulté en lui représentant simplement, et calmement (sans passion !) les conséquences objectives de son comportement ou de ses paroles. Il sera ainsi instruit de sa responsabilité dans la circonstance, or ce qui responsabilise fait grandir et croître. Responsabiliser n’est pas culpabiliser !

Punir

Faire mal pour obliger, ou pour faire payer, ou pour marquer la conscience, est difficile à soutenir. C’est l’héritage d’une civilisation marquée par la conception expiatoire du Salut. Il y a quelque fois un désir de vengeance derrière cela, ou le désir d’affirmer un pouvoir sur autrui. Menacer de souffrance est barbare. Il est possible tout de même que les parents à qui leurs enfants n’obéissent pas et qui se reprochent de « ne pas avoir été assez sévères » se trompent. Faut-il régner par la peur ? N’y a-t-il pas d’autres moyens que de menacer d’une souffrance pour obtenir un changement de la part d’autrui ? Il y a des pays où l’on punit de mort certains crimes ; il y a des pays où l’on torture pour faire fléchir autrui. Répétons-le : sanctionner ne veut pas forcément dire punir – et cela ne veut pas dire chercher à imposer le bien.

Frapper

Frapper un être humain est un crime. Même frapper un animal est un péché. Donner un coup de pied dans un caillou, fouetter les herbes ou les fleurs, sont des atteintes à des créatures de Dieu. Pense que si tu frappes une personne, à plus forte raison ton enfant, c’est le Christ que tu frappes. Les exemples qu’on peut trouver, en cherchant bien, dans la Bible, pour justifier les châtiments corporels sont périmés par l’Incarnation. Dieu s’est fait homme, et Il est présent en tout homme : c’est tout. Nous sommes chrétiens.

L’absence de passion

Le plus important est d’être sans passion : sans colère, sans impatience, ni vengeance, ni pouvoir, ni tristesse, ni désir d’être aimé ou reconnu, ni vanité parentale, rien de tout cela. Tu peux dire Non à ton enfant, sans discussion, avec amour, par amour pour lui : non, tu ne monteras pas sur la rambarde du balcon ! On peut interdire par amour. On peut « aimer sans tout permettre », selon le titre d’un livre déjà ancien. Mais l’absence de passion, chez les Pères, n’est pas indifférence ou insensibilité : l’« apatheia » est synonyme d’amour sans égoïsme. Le Christ est sans passion, et Il  aime de façon absolue. Il sait dire Oui et dire Non avec toujours la disposition de donner sa vie pour la personne à laquelle Il le  dit. « Que ton Oui soit Oui, ton Non, Non ! » (Jacques 5, 12)

Prendre son temps

Sans passion, et donc avec un amour véritable, cherchons les moyens – habilement, avec psychologie, mais d’un cœur pur – pour détourner la difficulté, pour trouver un dérivatif à la violence, éventuellement établir un petit contrat avec l’enfant. Prenons l’exemple du père de saint Silouane : il prenait le temps d’en être capable avant de faire une observation à son enfant. Le conflit n’est pas chrétien. N’admettons jamais une seule dispute entre les enfants ; les altercations entre parents sont elles aussi interdites ; ne nous parlons jamais mal les uns aux autres.

L’humilité

Le Christ a vaincu la mort par l’humilité. Nous ne savons pas ce qu’est l’humilité, ce charisme divin. L’humilité, et la douceur, sont les grandes forces à notre disposition. Parents, éducateurs, pasteurs, acquérons ces charismes et nos enfants, non pas nous obéirons, mais adopterons la direction que nous leur conseillons pour leur bonheur. L’humilité, parce qu’elle est une totale absence de pouvoir, la douceur, parce qu’elle est une totale liberté, font des miracles. Tu toucheras le cœur de ton enfant par l’amour, par la tendresse, par l’exemple que tu donneras d’humilité et d’humanité. Même les démons pourraient être convertis par l’amour, s’ils le voulaient : la liberté, même devant l’amour, reste entière ; ton enfant ne sera peut-être pas convaincu, et il faudra alors, pour lui comme pour toi, assumer les conséquences du péché. La pédagogie divine dans la Bible n’est pas autre chose.

La prière et le jeûne

Le Seigneur, après nous avoir donné tout l’enseignement dont nous avons besoin, après n’avoir cessé de renouveler l’alliance avec son peuple, connaît la confrontation à la désobéissance de ses enfants. Il assume cette désobéissance : lisons le saint Évangile et nous y trouverons l’exemple de la pédagogie et du comportement divins. Les saints ont suivi ce modèle : on sait que saint Nectaire, quand il y avait un conflit ou de la désobéissance dans l’école dont il avait la responsabilité, s’enfermait dans sa chambre pour jeûner et prier. Parents, pasteurs, parrains, pensons à jeûner et à prier quand la relation avec les enfants est difficile ! Croyons en Dieu, surtout dans le saint Esprit !

Accepter l’impuissance

Tout ne dépend pas de nous. Tout ne nous appartient pas. Renonçons à tout pouvoir. Il n’est pas anormal de ne pas tout réussir. Le Père céleste, qui est le Parent idéal, ne réussit pas toujours avec ses enfants ! Nous aurons quelquefois à assumer l’échec, comme le Christ Dieu l’a fait : Lui non plus, alors qu’Il le pouvait, n’a pas voulu imposer le bien. Il est monté sur la Croix pour les désobéissants. Mais Il l’a fait avec un amour immense, souverain et miraculeux.

> Père Porphyre