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Qu’est-ce qu’Il faisait avant ?

La pureté du cœur –

Ce n’est pas seulement une question d’enfant – et les enfants posent souvent des questions très évoluées, et qui n’ont rien d’enfantin ou de puéril. Les enfants, et les grands enfants que sont certaines grandes personnes, ont la liberté de s’interroger dans toute la pureté de leur esprit et la vérité de leur cœur. Avant la création, avant l’homme, avant tout ce que nous avons sous les yeux, avant tout ce que nous rapporte la Bible : que faisait Dieu ?

Reformuler

La question doit être reformulée. L’emploi de l’imparfait grammatical « faisait » introduit une temporalité. Il vaudrait mieux dire « que fait Dieu ? » D’autre part, l’adverbe « avant » n’a pas de sens ici. Il n’y a pas d’ « avant ». S’il y avait un « avant », cela voudrait dire que Dieu est inscrit dans la temporalité, dans un instant, un moment précédant la création. Il n’y a pas d’ « avant », parce que Dieu est atemporel – « éternel » serait encore trop, ou trop peu, dire ; « pré éternel » a le même inconvénient. Dieu n’est soumis ni à une forme de temporalité ni à un espace, Il est « incirconscrit », disaient les Pères (saint Jean Damascène).

Incompréhensibilité divine

Ces mêmes saints ont dit qu’on ne connaît Dieu que par ses œuvres (saint Maxime, Réponses à Thalassios, question 13). Mais cela ne répond pas à la question posée ! Que pouvons-nous dire de Dieu en lui-même ? Pouvons-nous le glorifier en sa transcendance ? Est-ce là ce que font les hiérarchies angéliques suprêmes : Saint ! Saint ! Saint ! La question est donc : que fait Dieu en lui-même, en dehors de toute activité créatrice et de toute manifestation ?

Le préjugé du faire

Les saints ont confessé l’incompréhensibilité et l’incognoscibilité divine. Et ils ont confessé que Celui qui est inconnaissable se révèle par la lumière de son amour, tout particulièrement par son Verbe et son Esprit. Est-ce que cela nous avance pour cette question ? Les saints n’ont pas seulement glorifié Dieu par le « faire ». C’est un préjugé humain de définir les êtres par ce qu’ils font : que fais-tu ? que faites-vous ? qu’est-ce qu’ils font ? Certains esprits inquiets ont considéré que celui qui ne fait rien est inutile : malheur aux oisifs ! Dieu serait-Il oisif en lui-même ? Dieu serait-Il inutile ? Pourquoi pas ? Pourquoi chercher toujours l’utilité, la rentabilité, le résultat ? Sommes-nous incapables de glorifier Dieu en lui-même, pour rien, indépendamment de ce qu’Il nous donne ? Sommes-nous capables d’aimer et de nous émerveiller gratuitement ?

L’amour est

Dieu est. Saint Maxime dit qu’Il transcende même l’être. Dire que Dieu est, c’est encore trop, ou trop peu, dire. Les saints ont dit qu’Il veut être ! Il ne se définit ni par le faire, ni par l’être. Mais alors, que dire de lui, s’Il ne fait rien et s’Il peut ne pas être ? Les saints, comme le grand théologien et évangéliste Jean, ont nommé Dieu « amour ». Ainsi répondait, du reste, un enfant du catéchisme à la question « que fait Dieu ? » – « ils s’aiment !» ; le Père, le Fils et l’Esprit ne font rien, Ils transcendent leur propre être : Ils s’aiment ! Ou, au singulier : Il – Dieu – s’aime ! Un Dieu narcissique ? Autant qu’on le sache par la révélation du Père, du Fils et du saint Esprit, la Trinité sainte est amour, communion interpersonnelle, interpénétration sans confusion des hypostases divines. La vie de Dieu, la vie en Dieu, semble – à nos esprits bornés – une atemporelle communion d’amour – une agape sans lieu et sans heure !

L’Absolu

L’activité divine consiste à être librement, gratuitement, par seul vouloir être, et le mode de cet être est l’amour atemporel et sans lieu. On parle du Ciel – « notre Père qui es aux cieux ! » – oui, mais Dieu n’est soumis ni au temps ni à l’espace : ceux-ci sont des créatures. Il est dans le temps et dans l’espace, parce qu’Il le veut et le choisit, mais sa demeure est tout autre – ni avant, ni au-delà, relatif à rien – absolu ! Le Royaume de Dieu est absolu – « au-delà » est encore trop, ou trop peu, dire -, transcendant au Ciel (ciel ?), il ne s’identifie à rien, ni temps, ni espace créée – « il n’est pas de ce monde », a dit le Verbe, il n’est soumis à aucune nécessité, aucun besoin, à aucun « faire » ; Il ne cause ni n’est causé.

Se purifier

« Qu’est-ce qu’Il faisait avant ? » nous invite à purifier notre esprit de toute comparaison, de toute image, de tout symbole, de tout concept, de toute idée. Les anges et les archanges n’ont ni idée, ni concept de la Divinité : ils l’approchent comme un feu et comme une lumière incompréhensibles et dignes d’adoration ; ils ne le connaissent qu’en le glorifiant, en s’approchant le plus possible – si l’on peut dire, jusqu’à l’extrême borne de l’espace créé, ou jouissant du feu qui irradie ces frontières de l’espace et du temps, à l’interface du créé et de l’incréé -, pour être illuminée par elle, de la grande Lumière de l’amour impensable. Même manifesté de façon radiante sur la Croix, l’amour divin demeure inaccessible à ceux qui n’aiment pas du même amour. Le but de la vie humaine et angélique est de rejoindre, par l’expérience de l’amour révélé par le Verbe, l’atemporalité divine, en deçà de tout faire, de tout agir, de toute cause, de toute nécessité, le grand Shabbat divin, le grand Septième jour – là où (si l’on peut dire « là où » ou « quand ») Dieu n’est qu’amour – grand non agir divin… Les saints eux-mêmes ne font rien : ils aiment, et l’amour est énergie.