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Y a-t-il à distinguer le rêve et le songe ?

Une opinion sévère –

D’une manière générale, il semble bien que la tradition biblique et ecclésiale ne fait pas de différence entre ces deux réalités. Le monde onirique est considéré de façon globale. Les saints Pères, comme Jean Climaque, s’expriment de façon sévère à son égard. Dans le troisième degré de l’Echelle sainte (35-45), il identifie le rêve ou le songe avec l’illusion : c’est une imagination sans fondement dans la réalité. Cette illusion peut être provoquée par les démons qui « s’efforcent de nous troubler par des songes » (38). « Quiconque croit aux songes se discrédite complètement ; mais celui qui s’en défie absolument est un sage » (44), conclut ce saint Père. Il faut savoir que, dans ces passages, le père spirituel s’adresse à des débutants dans la vie ascétique. Par ailleurs, l’oniromancie est une pratique fréquente dans plusieurs civilisations, et elle tend à asservir les personnes.

Le rêve

Puisque nous avons, en français, deux mots – rêve et songe – il semble que l’on puisse opérer une distinction entre les deux, afin de tenir compte de l’expérience. Un rêve est la projection ou la représentation d’un état de l’âme, quelquefois, même souvent, la répercussion d’un état du corps. Par exemple, ce que nous avons vécu, dans la journée immédiate ou dans un passé plus lointain, les plaisirs et les douleurs, et même le contenu de notre alimentation, ce répercute dans la rêverie, dans le rêve éveillé, et dans les rêves qui occupent notre sommeil. Tout cela est bien décrit par les sciences humaines. Les désirs inassouvis, les faims, les peurs, les espoirs, les soucis, les projets prennent des formes oniriques. Cela nous renseigne souvent sur la nature véritable de nos préoccupations… Le rêve est en étroite connexion avec l’imagination. Il est au plan de l’homme psychique décrit par les saints Pères, gouverné par l’attraction ou la répulsion, et animé par l’instinct de conservation et les réactions que celui-ci engendre.

Le songe

Par la foi biblique, nous connaissons une autre réalité que nous-mêmes, un autre monde et d’autres êtres que le nôtre, une conscience personnelle supérieure et transcendante, des formes d’intelligence autonomes et extérieures à nous, les anges ou messagers de la Divinité. Nous admettons également que des messages et des informations puissent nous parvenir depuis ces formes de conscience, et particulièrement depuis la conscience suprême en laquelle nous reconnaissons la Divinité créatrice des êtres corporels et incorporels. Un songe peut se définir alors par une telle intervention, extérieure à nous, et non produite par nous, ce qui opère la distinction avec le rêve.

Messages divins

Nous voyons souvent dans la Bible (cf. Vocabulaire de Théologie Biblique, Paris, 1995, p. 1246) que le Seigneur s’adresse à ses amis par l’intermédiaire du songe: un cas célèbre est celui du prophète Jacob (Gen 28,10-19 ; et Joseph interprétait les songes de Pharaon (Gen 40 et 41). Ce qui distingue le songe du rêve est le fait que le message qu’il comporte n’a pas forcément de rapport avec ce que le sujet a vécu auparavant; le songe est souvent un évènement nouveau et imprévu par lequel Dieu s’adresse à nous, éventuellement en contredisant nos désirs et précisément nos rêves. Par exemple, nous rêvons de confort, et Dieu, dans un songe va nous inviter à sacrifier notre vie ! Quoique nos amis athées et matérialistes le nient, nous croyons pouvoir dire qu’il existe une divinité, qui s’est nommée Je-suis à son serviteur Moïse, qui n’est pas le produit de nos rêves et qui, au contraire, vient nous arracher à nos rêves pour nous conduire vers des projets nouveaux ou une meilleure compréhension de ce qu’est la volonté de Dieu pour nous. D’innombrables exemples dans la tradition biblique et ecclésiale soutiennent cette position. Lisons la vie des saints et nous verrons que, avec discernement, l’expérience du songe fait partie de l’expérience humaine normale.

Le discernement

On peut être trompé et on peut se tromper. On peut être dans l’illusion. Un rêve n’est qu’un rêve avec ses limites psychologiques. Mais un songe pendant le sommeil ou une vision à l’état de veille sont de plus grande conséquence. Quand un ange de lumière se présente, l’humilité est la garantie : je ne suis pas digne de ta visite, ô Christ, moi, le dernier des pécheurs ! Si c’est une illusion diabolique, l’humilité la dissipera. Nous voyons comment la Vierge, à la visite de l’ange, fit preuve de discernement, afin de ne pas être trompée comme l’avait été Ève. Une vie de prière, la fréquentation assidue de la parole de Dieu, le jeûne et le service des pauvres, la confession fréquente de nos péchés, la communion eucharistique, permettent de distinguer ce qui n’est que la répercussion de nos passions ou un produit de l’imagination, ce qui est une tentation du Malin, et ce qui est une visite du Seigneur, de ses anges ou de ses saints. « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes.. » (Joël 3, 1). Le songe et la vision sont des charismes du saint Esprit. Et nous avons grand besoin d’être instruits par celui-ci de tout ce qui dépasse notre entendement et les prévisions humaines à court terme.