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Vous avez dit “dogme”?

Un mot répulsif –

Comme une bonne partie du vocabulaire chrétien le mot dogme prête à de grands malentendus. Il véhicule une connotation d’intolérance et de totalitarisme intellectuel, idéologique  et religieux. Dire de quelqu’un qu’il est dogmatique n’est pas un compliment!

Le rationalisme

Le dogmaticisme fait dépendre – grave erreur!- la vérité de l’argumentation humaine et voudrait imposer cette vérité. On pense avoir raison. La tentation du pouvoir est derrière. On veut user de la force (argumentative ou politique!) pour faire partager ses convictions religieuses ou idéologiques. Les exemples de cette perversion ne manquent pas.

L’amour et la vérité

Cependant, la vérité n’est accessible que dans l’amour, dans la communion interpersonnelle. Elle ne dépend d’aucune nécessité, contrainte ou démonstration. La vérité, surtout dans le domaine de la foi, est liberté. Elle est communiquée dans un élan d’amour vers autrui, jusqu’à donner sa vie pour lui, comme le montre le Christ.

Dogme et révélation

Étymologiquement, “dogme” vient du grec “doxa”: gloire, rayonnement, lumière, glorification. Une des plus anciennes prières chrétiennes est la doxologie “gloire à Dieu au plus haut des cieux!”, révélée par les anges. Le dogme consiste à rendre gloire à Dieu, à le glorifier pour ce qu’Il révèle de lui-même, du monde et de l’homme: dogme théologique (Dieu est! Dieu aime! Dieu fait être…); dogme cosmologique (le monde est créé par Dieu, création); dogme anthropologique (l’homme est créé à l’image de Dieu et pour lui ressembler). Le dogme est ainsi ce qui est révélé. Vérité en grec se dit “aletheia”: dévoilement, révélation…

Prière dogmatique

Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu…” exprime le dogme de l’Église; de même l’hymne “il est digne… ô Mère de Dieu…” La prière offre à Dieu et lui retourne eucharistiquement ce qu’Il a Lui-même révélé: “notre Père des cieux!” Une spiritualité adogmatique ne se trouve ni dans les saintes Ecritures ni dans leur prolongement ecclésial.

Un exemple dogmatique

L’événement de la Théophanie, le 6 janvier, fonde le dogme christologique et trinitaire. À partir d’un récit évangélique (Mc 1, 9-11; Mat 3, 13-17 ; Jn 1, 39-34) et des 13 lectures de la vigile, l’Église chante la vérité dogmatique: “Pendant ton baptême dans le Jourdain, ô Christ, fut manifestée l’adoration due à la Trinité…” (tropaire de la fête). L’ensemble des offices d’avant fête et de la fête elle-même exprime ce qui est révélé, la foi exprimée par les conciles oecuméniques: Jésus est le Fils de Dieu et le Messie; Il est vrai dieu et vrai homme; la Divinité est unique et une: Père, Fils et saint Esprit. Cette révélation est proposée par amour à la réponse libre de la personne humaine  – comme une déclaration d’amour à laquelle tu réponds ou tu ne réponds pas.