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L’Église contre le progrès ?

L’idée de progrès –

Elle est essentiellement juive et chrétienne. La vision biblique de l’Histoire est, non une vision cyclique et répétitive, mais une vision vectorielle (le Christ Alpha et Oméga) du temps orienté vers un accomplissement. Elle permet aux peuples d’accéder à la liberté politique. La foi dans un progrès continuel de l’être humain en union à Dieu jusqu’à la perfection en Dieu est la base même de la pensée et de la foi bibliques – un progrès qui dépasse les limites de ce monde matériel et qui a sa finalité dans le Royaume.

Révolution de la personne

Un facteur essentiel de progrès apporté par l’Église est la promotion de la personne humaine. Encore voilée dans l’Écriture, cette valeur de l’être humain a été mise en lumière par l’Incarnation de Dieu le Verbe, manifestation du caractère personnel de la Divinité et de l’image personnelle en l’être humain. Dès la première Église, il a été affirmé que l’enfant est une personne, que la femme, à l’exemple de la féminité autonome et personnelle de la Mère de Dieu, est une personne à l’égal de l’homme (saint Basile). Le Christ a donné l’exemple et la capacité d’une virilité transfigurée par l’amour sacrificiel. La vision de l’être humain qui découle de la révélation chrétienne portée par l’Église est révolutionnaire. Le caractère personnel de tout homme, pris en considération sur la base de l’enseignement évangélique, est à l’origine d’un immense progrès séculaire.

Le progrès social

Nombreux sont les saints (Germain de Paris, par exemple) qui ont pris en charge les condamnés et ont dénoncé la torture. Avec l’amour pour les ennemis, le pardon, nouveauté radicale introduite par le Christ et son Église dans l’Histoire universelle, marque un progrès immense dans les relations entre les hommes, par le dépassement de la loi. Dans le domaine social et hospitalier et scolaire, comment évaluer le rôle des monastères dès les premiers siècles et tout au long de l’histoire des pays évangélisés (saint Basile, saint Martin, Vincent de Paul, Mère Térésa, etc.) ? Que la société ait pris en charge ces formes de service en les laïcisant pour une société fraternelle ne doit pas occulter leur origine.

La culture

L’Église, nourrie par le judaïsme et l’hellénisme, a suscité une immense créativité culturelle dans tous les pays où les chrétiens ont vécu, un progrès immense dans le domaine des arts et des sciences. Dès les siècles anciens, les grandes synthèses cosmologiques sont l’œuvre de théologiens chrétiens, comme saint Maxime le Confesseur au 7ème siècle. Plus proche de nous, Pascal est un grand chrétien et un grand savant ; Einstein est le produit même de la pensée juive… La société civile a sécularisé l’idée de progrès : pourtant c’est le grand Facteur de progrès, l’Esprit saint, donné à l’Église, et, par elle, au monde, qui a inspiré aux chercheurs et aux créateurs tout ce qui est vrai, beau et bon pour l’être humain.

Les adversaires du progrès

Ils veulent éradiquer de la civilisation la chrétienté et toute référence biblique, forme extrême d’anti christianisme et d’anti judaïsme : mais, la négation de l’altérité sexuelle, la manipulation de l’embryon et l’euthanasie ne fondent pas un progrès. Une civilisation déchristianisée est capable de bien pire qu’un monde pré chrétien. Quand on aura rompu avec la source même du progrès humain, il faut s’attendre à une barbarie sans précédent et à la déshumanisation de l’homme…

Invoquer contre l’Église les perversions du christianisme (fautes des chrétiens nominaux, trahison de l’Évangile qui remet le Christ en croix) est aussi mal venu que d’utiliser l’horreur d’Hiroshima pour diaboliser la Science. La perversion du bien ne prouve rien contre le bien. Les chrétiens n’ont pas peur d’affirmer que la communauté biblique est au service du progrès de tout ce qui est bon pour l’homme et pour la création. Mais, ce n’est pas n’importe lequel (consumérisme, caprice, jouissance et satisfaction effrénées de toutes les convoitises…) : c’est le progrès indéfini de l’être humain à l’image de Dieu ; il culmine dans l’Homme parfait qui est le Christ et auquel s’assimilent les saints, dévoués au prochain, les grands bienfaiteurs de l’humanité. Devant les propositions de notre temps, l’Église est porteuse du charisme du discernement.