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La circoncision et son sens

Retour sur l’évènement –

Le 2 octobre 2013, le Conseil de l’Europe a pris une résolution définissant « la circoncision des garçons pour motif religieux comme une violation de leur intégrité physique » (cf. bulletin de l’AJCF du 14 novembre 2013, article 1863). Les conséquences de cette prise de position sont considérables, si l’on sait combien, pour le peuple juif, cette pratique ancienne est une référence traditionnelle de son identité.

Le signe

La circoncision, ablation du prépuce, a été donnée par Dieu à Abraham comme signe d’alliance. Ce signe très fort inscrit dans la chair même du croyant le sceau de la fidélité divine et de la fidélité humaine. Cette alliance dans le sang consacre la vie. Elle consacre également le peuple dans ses chefs masculins, suivant la conception patriarcale de la société biblique et sémitique. Et ce signe consacre, non seulement le sexe, mais la sexualité entière, la fécondité, dans une perspective messianique : la Descendance dont Dieu parle à Abraham au singulier (Gn 34, 15) n’est autre que le Messie attendu par Israël, et par toutes les nations. Il souligne également la distinction des sexes, valeur biblique toujours d’actualité.

Les chrétiens

Enracinés dans la tradition biblique et juive, ceux qui reconnaissent Jésus comme le Messie et comme le Seigneur créateur du ciel et de la terre, ont un profond respect pour tout l’héritage des prophètes. Abraham est leur père et tout ce dont il témoigne nourrit leur foi. L’Église, dès l’origine, a débattu, au concile de Jérusalem (Ac 15, 1-34), pour savoir si la circoncision serait obligatoire pour les croyants d’origine non juive. Après discussion, il fut décidé de laisser la liberté dans ce domaine. Pour cette raison, certaines communautés chrétiennes continuent à pratiquer la circoncision ; et, de nos jours, des Juifs croient au Christ, tiennent à se faire circoncire, pour attester leur lien avec la filiation abrahamique.

Le Christ

Le calendrier liturgique comporte, au 1er janvier de chaque année, la fête de la Circoncision de notre Seigneur Jésus Christ : d’une part, cela rappelle que Dieu fait Homme a assumé la judaïté propre à la nation dans laquelle Il s’était incarné et s’est soumis volontiers à la loi qu’Il avait Lui-même donnée à Abraham, se montrant ainsi celui-là même en vue de qui Il l’avait donnée, Lui-même ; Il s’est manifesté comme celui en qui Il accomplissait sa propre prophétie. D’autre part, placée à cette date, cette mémoire indique que c’est le temps lui-même, dans sa révolution annuelle, qui est circoncis, c’est-à-dire consacré, comme le montre l’office de bénédiction de l’an nouveau. Et l’occurrence avec la mémoire de saint Basile le Grand, indique la continuité de l’héritage juif et de l’enseignement des Apôtres et des Pères.

La circoncision spirituelle

Les saints Pères ont proposé une interprétation spirituelle du signe, à la suite de Dt 30, 6, qui parle de la « circoncision du cœur ». Ils ont élargi le mystère à l’ensemble du Peuple de Dieu en appelant l’onction du saint chrême, sacrement de l’Esprit qui suit le baptême, « circoncision spirituelle » ou « mystique ». L’alliance dans l’Esprit hérite de l’alliance dans le sang. Elle aussi touche la chair des croyants, hommes et femmes à présent, puisque l’huile sainte du Chrême pénètre la peau et la nourrit par la grâce incréée. « Dans le Christ, vous avez été circoncis », écrit saint Paul (Col. 2, 11).