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La joie de la Résurrection

Un phénomène-

La joie des chrétiens à Pâques est un phénomène tout-à-fait spécial et unique. Sur toute la surface de la terre, et surtout au centre du monde, Jérusalem, l’acclamation « Christ est ressuscité ! » est une détonation qui retentit non seulement sur la terre, mais encore au ciel, et dans les lieux souterrains. Les chrétiens ne se distinguent pas d’abord par leur qualité morale – encore que de nombreux saints et justes, de nombreux innocents se trouvent parmi nous – ; ils se distinguent à une joie qui n’a aucune raison d’être dans un monde plutôt souffrant, abîmé et, en l’occurrence, confiné. Pourquoi, comment être joyeux, alors que les nouvelles du monde, celles qui nous parviennent par les médias, sont affligeantes ? Cette joie pascale n’est-elle pas insolente, une insulte à la souffrance de tant d’hommes, de femmes et d’enfants ? La souffrance des créatures, des animaux, des plantes, des pierres elles-mêmes devrait interdire aux baptisés d’afficher ainsi leur joie, une joie qui « détonne » !

Un charisme

Cette joie pascale du Peuple élu n’est pas vulgaire. Elle n’est pas insolente. Elle n’est pas  artificielle. Elle n’est pas forcée. C’est une joie charismatique, une force que tu sens monter en toi comme une pulsion de vie, une poussée irrésistible. Elle n’est pas toujours désordonnée et débridée. C’est quelquefois une joie très calme, très pure, loin d’une liesse populaire. Une joie très paisible, comparable à celle que tu éprouves quand tu es sûre d’être aimée ; quand tu sais que tu aimes et qu’on répond à ton amour. À quoi comparer encore cette joie si pure ? Ce qui est vrai, c’est qu’elle n’a pas sa source en nous.

Spontanée comme au Tombeau de Jérusalem, elle s’empare de nous, avec violence ou avec douceur, selon les personnes, comme une huile parfumée qui s’écoule à l’intérieur de toi. Tu ne sais pas pourquoi, mais ton cœur prend feu comme les cierges qu’on allume quand on nous appelle : « Venez prendre la lumière à la Lumière ! » Un charisme est toujours inexplicable : c’est la grâce de Dieu. Qui expliquera la grâce divine, cette énergie incréée qui s’empare du cœur, de l’intelligence, du corps et de l’âme de ceux qui croient ?

Un projet

Très caractéristique est la relation de la joie pascale au temps. L’affirmation charismatique de la joie est au présent : le Christ est ressuscité ! Le grec « anesti » le dit bien. Mais, cette affirmation, grammaticalement perceptible comme un passé (le roumain traduit « a înviat »), transforme en présent le passé chronologique : elle rend présent l’évènement rapporté par l’Évangile. Très sagement, l’évangile qui est lu pour la divine liturgie n’est pas narratif. Le Prologue du saint Théologien sonde l’insondable : dans le Principe, le Verbe est tourné vers Dieu et Il est Dieu ! Et c’est Lui qui est venu parmi les hommes comme Lumière. La lecture liturgique ne parle pas de résurrection ! Non : elle ramasse le temps et le transfigure. « En vérité, Il l’est ! ».

« Tout est accompli ! ». Le présent absolu est le sacrement des siècles des siècles et de l’éternité elle-même. Cela veut dire que l’affirmation pascale contient également le futur, l’avenir de la communauté ecclésiale et de l’humanité elle-même. C’est un présent absolu qui absorbe tous les évènements qui sont encore attendus, et particulièrement la glorieuse et fulgurante Descente de l’Esprit. La Résurrection est ouverte sur l’avenir le plus proche et le plus lointain, Résurrection des morts, le dernier Jour, que nous attendons avec foi.

Entretenir la lumière

La lumière que nous sommes venus prendre à la Lumière au cours de la nuit pascale, celle que certains d’entre nous ont même conservée des années précédentes, est une lumière qui se garde. La joie est une joie qui s’entretient. La grâce de Dieu, tous les charismes qui nous viennent par le saint Esprit – et le saint Esprit est le grand Artisan de la Résurrection et de la joie pascale -, toutes ces énergies divines et incréées se cultivent avec précaution, car elles sont infiniment précieuses. Il suffit d’une seconde d’indifférence, d’une négligence, d’un mini souffle d’oubli, pour qu’elle vacille ou s’éteigne. La joie, qui ne vient pas de nous, dépend finalement de ceux à qui elle est confiée. Il en est ainsi de tous les charismes : la foi, l’intelligence et surtout l’amour, le précieux et fragile amour, si vite crucifié.

La prière

Nous entretenons et cultivons la joie pascale principalement par la prière. Rythmons nos journées – et nos nuits ! – d’une continuelle prière de louange, par exemple « gloire à ta sainte Résurrection, Seigneur Jésus, gloire à toi ! », qui est un des refrains de l’office pascal. Ou encore, saluons en la Mère de Dieu la Mère du Ressuscité : « Réjouis-toi, Vierge, Mère de Dieu, réjouis-toi ! » – sous-entendu : car ton Fils est ressuscité ! C’est un résumé de la belle antienne « l’ange chanta à la Pleine-de-grâce : Réjouis-toi, Vierge très pure, je le répète : réjouis-toi ! Ton Fils en vérité est ressuscité après trois jours passés dans le Tombeau et Il a redressé les morts : fidèles, soyez dans l’allégresse ! Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem, car sur toi la gloire du Seigneur s’est levée ! Réjouis-toi et exulte Sion, et toi Mère de Dieu très pure, réjouis-toi, car ton Fils est ressuscité ! » Allons dans les champs, dans les forêts, au bord des lacs et de la mer et glorifions le Christ ressuscité !

Le témoignage

Ce qui entretient bien notre joie, c’est de témoigner. Non seulement, disons à la mer et à toutes les créatures « le Christ est ressuscité ! », mais disons-le aux hommes. En Crète, en Grèce, en Terre sainte…on se salue ainsi dans la rue entre chrétiens. Les chrétiens se reconnaissent en se témoignant les uns aux autres la grande nouvelle. Ne cessons pas de le faire jusqu’à la clôture de Pâques. Ne cessons pas de préparer les nourritures pascales jusqu’à cette date : les œufs rouges, le miel et les laitages – et de les offrir à ceux qui ne croient pas, en témoignage de la Résurrection. « Folklore ! » – penseront ils peut-être, mais le visage radieux des chrétiens n’est pas du folklore. Un jour, ce voisin, cet ami, cet ennemi, pourquoi pas, te demandera : pourquoi es-tu si joyeux alors que le monde est dans la peine ?

Le service du prochain

L’amour du prochain est ce qui prouve le mieux que notre joie n’est pas fictive. L’amour du prochain et de toutes les créatures, l’oiseau à qui tu donnes à boire, la plante que tu arroses en disant « Christ est ressuscité ! », à plus forte raison le pauvre, l’isolé, le malade, le prisonnier à qui tu apportes l’œuf pascal, communient à la joie de l’Église. L’amour que nous manifestons aux autres est le prolongement de la joie pascale dans notre mode de vie. Le Christ l’a dit : Il est dans le monde pour « annoncer la bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération, aux aveugles le retour à la vue, libérer les opprimés, proclamer l’année de la bienveillance du Seigneur » (Luc 4, 18-19). On a vu, pendant ce confinement qui coïncide avec la Résurrection, ceux qui portaient des repas aux plus pauvres, ceux qui distribuaient un peu de leur argent, ceux qui passaient du temps, même au téléphone, avec les isolés. Les signes de la joie pascale circulent très bien dans le monde…