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Le martyre et l’unité de foi

L’actualité du martyre –holy_forty_virginmartyrs

Le contexte international présente presque tous les jours à la conscience des chrétiens la réalité du martyre d’autres chrétiens de la planète. Suivant l’expérience séculaire des baptisés, il existe un lien organique entre la souffrance acceptée librement et la crédibilité de la foi. Martyrs sont ceux qui choisissent : plutôt que de renier la foi ils acceptent la torture et la mort. Le martyre est étroitement lié au mystère de la liberté et du choix.

Le Christ, premier martyr

L’exemple normatif est évidemment celui du Seigneur Jésus Christ : Il n’a pas subi la mort ; Il n’a pas été arrêté, jugé, condamné et finalement exécuté sans avoir consenti à ces souffrances afin que soient manifestés aussi bien la vérité que l’amour du Père. Ainsi, toute souffrance, toute mort violente n’est pas appelée martyre. Le martyre est un témoignage qu’apporte librement la conscience humaine à la vérité. En ce qui concerne le martyre chrétien, il est, au prix de la souffrance et de la mort, un témoignage rendu à la vérité divine et à l’amour divin. Le Christ a scellé sa propre crédibilité dans le sang. Lui qui est la vérité en Personne (vérité hypostatique) et l’amour en Personne (amour hypostatique) a choisi, pour être cru des hommes, comme le dit saint Nicolas Cabasilas, la pédagogie et la démonstration de la Croix pour gagner la confiance et la foi des hommes.

Martyre et vérité

Il existe donc un lien rigoureux entre le martyre et la vérité. « Théologie grande et sublime, tu n’es prêchée qu’avec martyre », dit une hymne occidentale. L’expérience roumaine du martyre des confesseurs de la foi dans les prisons communistes est un exemple de le relation de la théologie – comme explicitation de la vérité divine – et de la souffrance : la plupart de nos grands théologiens, dont on peut facilement citer les noms, ont fait à notre époque l’expérience de la prison, des mauvais traitements et, pour certains, d’une mort indigne. Le nombre des confesseurs de la Foi dans notre pays de tradition patristique est presque immense.

La personne du Verbe incarné

Le martyre est la manifestation de la personne de Jésus Christ, le Dieu Homme, présent par le saint Esprit dans les membres de son propre corps : ceux-ci, à sa suite et unis à lui par la foi, continuent, génération après génération, à donner le témoignage qu’Il a Lui-même donné. Le témoignage des martyrs chrétiens est exactement le témoignage de Jésus Christ le premier martyr. Il est rigoureusement uni à sa personne, à la chair et au sang de son corps auxquels les baptises communient eucharistiquement. D’une certaine façon, le martyre est avant tout une communion à la personne du Christ, à sa divinité et à son humanité. En ce sens il est exactement lié au mystère de l’Église.

Le martyre et l’Eglise

Là où sont les martyrs, là est le Christ Verbe incarné, glorifié à la droite du Père – où le vit le saint martyr Étienne -, présent avec son corps dans le Corps de son Église, chaque jour immolé, offert en sacrifice et en martyre pour le salut de tous les hommes et de la création tout entière. Là où sont les martyrs, là est l’Église, parce que l’Église comme Corps est elle-même là où est sa tête, le Seigneur Jésus. Et, là où sont les martyrs, là est encore l’Esprit jaillissant du Père, remplissant le Fils et ses membres, et assurant sa présence en ses membres – et par eux dans son monde.

L’Esprit saint

Il y a donc une union profonde et indissociable entre le martyre et l’Esprit du Père porté par le Fils, qui remplit le Fils et déborde de lui. « Donne ton sang et reçoit l’Esprit », dit un adage patristique. L’Esprit, qui de toute éternité, ou plutôt hors de tout temps, repose sur le Fils, a repose sur celui-ci, dans le temps, quand, immergé dans le Jourdain, Il entrait, Lui, la Vérité même du Père, dans son grand martyre. En ce jour, Il initiait, sous le vol de l’Esprit, sa lumineuse Pâque, c’est-à-dire son grand témoignage rendu a l’amour du Père, son glorieux martyr par amour de la volonté du Père. Et, sur la Croix, quand Il versait librement son sang précieux pour la purification et le salut de son peuple et de la création tout entière, l’Esprit du Père reposait sur lui et le glorifiait.

La couronne

« Gloire des martyrs », chante un tropaire de l’ordination ministérielle et du couronnement des époux : l’Esprit glorifie et couronne ceux qui signent de leur sang la vérité divine – celui en qui l’amour du Fils pour le Père rayonne comme d’une parfaite icone non faite de main humaine. L’Esprit et l’Esprit de la vérité – Pneuma tis alitias, Souffle de la révélation. Sans l’Esprit, personne ne confesse la vérité. Saint Paul le dit : c’est par l’Esprit du Père que l’on atteste jusqu’au martyre que Jésus est Seigneur, qu’Il est le Fils du Père et le Messie ou Christ d’Israël.

L’unité chrétienne

Pour notre temps et pour les temps qui viennent, le martyre, et le charisme des saints  martyrs « qui ont souffert vaillamment et qui ont été couronnés », selon le même trop aire, demeurent le fondement ancestral de toute communion ecclésiale, parce que le fondement de l’Eglise est l’unité de la Foi. L’Esprit de vérité est également l’Esprit de la communion ecclésiale. L’effort de tous ceux qui se réclament de Jésus Christ pour parvenir à l’unité dogmatique (car le Dogme de vie est le roc de la Foi des Apôtres et des Pères), ecclésiologique (car la vérité de L’Église est sa vie dans l’Esprit) et ascétique (car la prière et le jeûne sont les formes non sanglantes prises par le martyre de la vérité) – cet effort sera couronné par le martyre. Déjà, dans les pays du Moyen Orient, des phénomènes d’unité chrétienne sont apparus face à la persécution. Ceux qui, avec l’assentiment des pouvoirs de ce monde, persécutent les chrétiens, contribuent, sans le savoir, au triomphe de l’unique, sainte, catholique et apostolique Église de Dieu. C’est pourquoi nous prions, non seulement pour les persécutés, afin qu’ils ne défaillent pas, mais également pour les persécuteurs, que le Christ nous a appris à bénir précisément parce qu’ils nous conduisent à confesser ensemble la vraie foi.