Imprimer cet article Imprimer cet article

Les justes de l’Ancien Testament sont-ils saints?

Unité de l’Alliance – 

L’apôtre Paul a répondu à cette question dans sa lettre aux Hébreux, au chapitre 11. Il fait l’éloge de la foi dont les justes de tous les temps – Abel, Hénoch, Noé, Abraham, Sarah, Moïse – ont témoigné. Mais la foi était, chez ces justes, une vision anticipée de la plénitude qui devait se réaliser dans la personne du Seigneur Jésus Christ et de ses disciples. Ils ont vécu dans la promesse sans en connaître la réalisation: “ils ne devaient pas arriver à l’accomplissement sans nous”, c’est-à-dire les baptisés (11, 40). Mais le Christ dit bien qu’Abraham a eu la vision anticipée de sa gloire et qu’il “’s’est réjoui” (Jean 8, 56). L’Alliance peut être considérée dans son unité et son unicité, depuis le Paradis jusqu’à la Pentecôte, selon un rythme qui est celui de la préfiguration et de l’accomplissement. C’est pourquoi le Christ dit encore que les écrits des prophètes témoignent de lui (Luc 24, 27).

Le témoignage iconographique

Aussi, les grands Abraham et Moïse, et d’autres prophètes, apparaissent-ils dans la tradition iconographique portant l’auréole sphérique des saints. Ils ont tellement pénétré le mystère du Christ, à l’avance, par le saint Esprit, qu’ils sont honorés tout près des témoins oculaires du Verbe incarné. Le programme iconographique des églises montre, soit dans le narthex, soit à l’ouverture de la nef, précédant, selon la chronologie peut-être plus que par la qualité, les saints qui ont été greffés directement sur le Verbe et sur lesquels les dons du saint Esprit ont été déversés en plénitude. La conscience ecclésiale n’a jamais voulu faire de coupure trop nette entre les prophètes, les disciples, les apôtres et nous, tout en soulignant le mystère de la plénitude des temps.

Pas de pré détermination

Pour saint Maxime le Confesseur, le temps qui relie le péché d’Adam et l’Incarnation du Verbe est une préparation; et le temps qui suit l’Incarnation et la Pentecôte est celui de la divinisation et de la sanctification (Réponses à Thalassios 22). Mais les Patriarches et les Prophètes, par lesquels, tout de même, a parlé le saint Esprit (Symbole de la Foi) ont pu s’affranchir des passions mauvaises, “pratiquer toutes les vertus” et accéder à un sublime degré de contemplation. Ils n’ont pas été déterminés par les effets du péché ancestral (Abraham, Melchisédech). Abraham, Moïse, Isaïe ou Ézéchiel témoignent avoir vu, directement ou indirectement, le Verbe avant son incarnation. Ils pouvaient acquérir la ressemblance avec Dieu par la pureté de leur vie et par l’amour qu’ils montrèrent pour le Seigneur.

La déification des Justes

Les justes des temps anciens ont pu être déifiés en s’unissant à Dieu par leur volonté, leur liberté et leur amour. Certains – Melchisédech, Elie, Énoch – furent exemptés de la mort. Pensons au juste Job, à son humilité, sa confiance en Dieu et, finalement, à sa vision de Dieu! Que dire du saint Précurseur, le plus grand (Mat 11, 11) et le dernier des prophètes, le baptiste Jean, et de la Vierge Marie elle-même, en qui s’accomplit corporellement toute l’Alliance? Tous ces justes, qu’ils aient préfiguré, prévu ou accompli la Promesse, prouvent que les conséquences du péché adamique n’avaient pas éteint la grâce dans l’humanité et n’ont pas empêché les personnes humaines de reconnaître le Verbe au jour de sa venue. C’est pourquoi, aucun d’entre eux, ni la Vierge elle-même, n’ont dû être préservés de ces conséquences, ou prédestinés,  puisque leur était conservé la liberté d’obéir à Dieu et de mettre leur foi en lui.

Pas de relativisme

Quelle différence, alors, avec la sainteté des baptisés? Qu’est-ce que l’Incarnation et la Pentecôte apportent de nouveau? Répétons-le: ces évènements historiques constituent la réalisation de ce que les justes et les prophètes avaient vu et vécu par anticipation. C’est l’enseignement, non seulement de saint Maxime, mais, avant lui, des saint Irénée, Athanase, Jean Chrysostome et Cyrille d’Alexandrie. Selon saint Maxime, la différence n’est pas tellement dans la nature ou le degré de la grâce accordée aux justes en raison de leur foi: elle est dans le fait que, avant l’Incarnation et la Pentecôte, la grâce était accessible aux anciens en fonction de leur mission prophétique, alors que, dans le Verbe incarné, la grâce devient accessible à tous (cf. Jean-Claude Larchet, La divinisation de l’homme selon saint Maxime le Confesseur, Cerf, Paris, 1996, p. 208-219).