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Pourquoi le riche de l’Évangile a demandé de l’eau à Abraham ?

Les défunts sont des personnes –

Le fait qu’il ait demandé à boire montre que les défunts ne sont pas des esprits. Ils sont des personnes qui ont la mémoire de leur vie passée. Qu’ils soient en enfer ou au Paradis, les défunts conservent la conscience de leur propre identité. Il est vrai que le mauvais riche n’a pas de nom propre alors que Lazare en a un. Mais, quoique affaibli dans sa vie personnelle par l’orgueil, l’égoïsme et l’indifférence à autrui, il est conscient d’être le même ; il situe son identité par rapport à autrui, le pauvre, Abraham et ses frères. La vie « personnelle » ou « hyspostatique », si elle est dégradée par le péché, n’est jamais totalement détruite. C’est pourquoi l’Église prie pour tous, y compris pour ceux qu’elle pense en enfer, en prononçant leurs noms.

La séparation de l’âme et du corps

Il est vrai que la mort, suivant la conception biblique, sépare provisoirement l’âme et le corps. Mais la personne demeure le sujet des deux (ce qu’on appelle l’hypostase créée) et attend leur réunion au jour de la résurrection universelle. La foi biblique et ecclésiale s’intéresse, non tellement à l’immortalité de l’âme, qu’à la persistance de l’identité personnelle de chacun, ce nom qui est inscrit dans les cieux (Luc 10, 20). L’anthropologie biblique n’est pas dualiste ; elle est unitaire. La séparation des deux dimensions de l’homme est constatée par la décomposition du corps (cf. Jacques 2, 26). Et le Seigneur enseigne l’existence de ces deux dimensions (Matt 10, 28 ; Luc 12, 4-5). Mais les morts ne peuvent dont pas être considérés comme des esprits incorporels. Dans les offices pour eux, on se réjouit ou on s’afflige avec eux ; on partage avec eux des aliments (colybes) pour anticiper leur résurrection corporelle.

Les défunts sont vivants

Pour cette raison les défunts éprouvent soit des joies soit des souffrances corporelles ou psychiques. Le mauvais Riche de l’Évangile ressent corporellement la brûlure et la soif; et son âme ressent la souffrance de l’angoisse pour lui-même et pour ses proches. La souffrance signifie la  vie. Les tourments de l’âme et du corps viennent des passions auxquelles reste lié celui qui part sans repentir.

La mort n’est pas un anéantissement

La mort n’est ni un anéantissement ni une désincarnation. Elle est une diminution de la vie. De plus, quoique les éléments corporels se dissolvent suite à la séparation de l’âme, ils conservent une forme de mémoire même moléculaire; et ils demeurent marqués au sceau de l’identité de telle ou telle personne. La mort n’est l’entrée ni dans l’anonymat ni dans l’insensibilité. Le corps et ses composants ne sont pas réduits à l’état de choses. Ils appartiennent à quelqu’un: à une personne humaine et, plus profondément, au Christ, surtout par le baptême, la chrismation et l’eucharistie. C’est pourquoi parmi les défunts, les uns se lamentent et les autres se réjouissent, comme le montre ce même évangile.

La Résurrection

À la Résurrection, ces sensations retrouveront toute leur réalité parce que le corps et l’âme, dans leur union, ont une influence réciproque et échangent des sentiments et des sensations dont la personne demeure le sujet. Le Seigneur, en assumant la mort, l’a investie d’une extraordinaire puissance de vie. C’est pourquoi l’Église atteste la résurrection des morts et la résurrection de la chair.

> enluminure : Le mauvais riche et Lazare