Imprimer cet article Imprimer cet article

Une sainte contamination

Dieu nous parle –

Le lundi de la sixième semaine de Carême, on lit à matines le premier cathisme du psautier. Dans le psaume 1 de ce groupe, nous avons entendu le psalmiste employer le mot “propagation”, au verset 1. Un tel mot ne peut pas nous laisser indifférents. La parole de Dieu nous parle et nous fait réfléchir. Il est question ici de “… propager le mal…” Une épidémie, un fléau, propagent la maladie, la souffrance et la mort, nous le voyons bien. Propagation d’un virus, donc matérielle.

Les pensées

Il se propage également des pensées négatives, des pensées de mort, de l’esprit de convoitise et de possession, des passions égoïstes et mortifères. Étudions les formes que prend cette épidémie…  On peut contaminer un groupe, une famille, un milieu social, un pays tout entier, avec des idées et des comportements mortifères. Une personne peut être le foyer de cette contamination spirituelle : « par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort » écrit l’apôtre Paul (Romains 5, 12) repris par saint Basile dans son anaphore. Le péché adamique a empoisonné, non seulement la race humaine, mais la Création entière. Et chaque personne à son tour, si elle n’est pas vigilante, peut infecter le monde par ses propres péchés, réitérant en quelque sorte le mal adamique.

Solidarité avec la Création

En ce temps de Carême, par la prière de saint Éphrem, nous demandons à Dieu de nous montrer nos péchés et d’éloigner de nous l’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de vaine parole. Nous ne demandons pas cela seulement pour nous, pour notre Salut individuel. Nous le demandons pour le monde, parce que chaque personne est unie à toutes les autres et à toutes les créatures. L’interaction de l’homme et de la Création est un enseignement biblique. La démarche du grand Carême est inspirée par la responsabilité de chaque personne à l’égard de l’humanité et du monde entier. Nous jeûnons pour le monde.

Ne pas propager le mal

“Bienheureux, dit le psaume, celui qui ne s’assied pas parmi ceux qui propagent le mal, qui se complaît dans la Loi du Seigneur et la médite jour et nuit!” Certains, hommes et femmes, se sont souvent retirés, et à différentes époques, pour ne plus être des agents de propagation du péché et de la mort de l’âme : pensons encore à sainte Marie l’Égyptienne et à nombre de ceux qu’on appelle des « pénitents ». Les saints ne veulent pas être complices de l’iniquité, et ils ne veulent pas contaminer les autres par leurs propres péchés. Ils se retirent pour se soigner et se purifier par le repentir. Celui qui entre dans le repentir contribue au Salut du monde.

La contagion du bien

Mais ces mêmes saints, une fois sortis de l’étape thérapeutique de l’ascèse, une fois guéris de tout péché, viennent parmi les hommes, tel saint Séraphin de Sarov après des années de solitude et de prière. Ils viennent propager parmi les hommes la sagesse, l’amour et la joie de Dieu. « À plus forte raison, continue l’apôtre, la grâce de Dieu, accordée en un seul homme, Jésus-Christ, s’est-elle répandue en abondance sur la multitude » (Romains 5, 15ss). Le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, s’est manifesté le foyer de la grâce au sein de l’humanité. L’idée de propagation est exaltante. La vérité, la justice, la miséricorde, l’amour qui ont leur source en Dieu, se répandent dans le monde comme de l’huile, comme de l’eau, comme du feu, tous ces signes de la grâce du saint Esprit, une “pandémie” de grâce! Les saints sont contagieux: ils “contaminent” l’humanité par les énergies divines. “Bienheureux, dirons-nous, en paraphrasant le psaume, bienheureux, celui qui s’en est allé au conseil des sages et des justes; qui s’est arrêté dans la voie des saints, et qui s’est assis parmi ceux qui propagent le bien!” La vocation de chacun de nous est d’être un agent de cette belle épidémie…