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Comment comprendre « tenir son âme en enfer » ?

Saint Silouane –

“Tenir son âme en enfer” est une expression employée par saint Silouane l’Hagiorite, dont nous venons de faire mémoire. En fait, il est question de tenir son esprit, c’est à dire la conscience, la dimension supérieure de l’âme, en enfer, et non l’âme psychique, et ses passions. L’expression « tiens ton esprit en enfer » employée par l’ascète athonite est coordonnée à l’expression “espère de toutes tes forces”, souvent traduite « ne désespère pas ».

Le repentir

Tenir où garder son esprit ou son âme en enfer consiste essentiellement à se rappeler tous les péchés de sa vie avec horreur. Il s’agit du repentir : la grâce d’éprouver le deuil pour la distance qu’on a mise librement entre le Dieu-amour et soi. L’enfer est en effet le lieu le plus éloigné de Dieu, un lieu dans lequel on se maintient délibérément. “Garder son esprit en enfer”, c’est garder la conscience horrifiée de l’état dans lequel on s’est mis librement par folie.

« Ne désespère pas ! »

Simultanément notre espoir dans la miséricorde est immense. Se voir en enfer c’est se voir privé de toute possibilité d’être sauvé; privé de tout mérite. La miséricorde resplendit alors, car elle n’est conditionnée ni par nos mérites ni par nos fautes. Elle est absolue. Et quand mon esprit acquiert la conscience qu’il n’est en rien éligible au Salut, l’absolu de la miséricorde resplendit. D’où un espoir fou en elle!

L’antinomie ascétique

Les deux expressions employées par saint Silouane sont indissociable. « Tenir son esprit en enfer » pourrait conduire au désespoir. Cette position de notre esprit n’est possible du point de vue de l’existence que si elle associée, paradoxalement, « antonomiquement », comme dit la théologie ascétique, à l’intuition de la bonté et de la miséricorde divine.

La miséricorde

Bien plus, c’est parce que l’homme sait que Dieu est miséricordieux qu’il peut descendre dans l’enfer de ses propres péchés. Comment savons-nous que Dieu est miséricordieux ? – Ouvrons le saint Évangile et nous voyons le Seigneur en chair et en os manifester parmi les hommes la miséricorde du Père, en disant par exemple « va et ne pèche plus » ; « tes péchés sont pardonnés », et autres paroles de vie caractéristiques du Verbe incarné qui les prononce – Il la manifeste surtout en montant sur la Croix pour les pécheurs.

Dieu n’est pas un justicier

Pour ces raisons, dans un contexte où la miséricorde divine ne serait pas connue des hommes, par exemple dans celui où la Divinité serait présentée comme justicière et inexorable, le repentir serait impossible à l’homme. Ces pensées supérieures ont été formulées par saint Silouane et par son disciple le plus proche, saint Sophrone le Nouveau.

(a.p. M.-A.) – 26/09/21