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L’expérience du bonheur

Communiquer son bonheur –

Rendre les autres heureux peut être tout notre bonheur. Selon Henri Lacordaire (prêtre français, 1802-1861), « il n’y a rien de plus parfait que de trouver du bonheur à communiquer le sien ». Nous pouvons profiter d’un bonheur de façon solitaire et égoïste. Mais alors ce bonheur reste limité, sans autre développement possible que nos propres capacités à nous réjouir. Si nous communiquons le bonheur que nous avons, nous jouissons d’un deuxième degré : nous nous réjouissons de ce qu’autrui se réjouisse de ce qui nous rend heureux. Nous nous sentons la source du bonheur d’un autre, et son bonheur rejaillit sur le nôtre.

Communion des personnes

L’expérience trinitaire est l’expérience la plus élevée à laquelle l’être humain puisse atteindre parce qu’elle l’assimile à Dieu qui est glorifié comme une communion de personnes divines. Cette expérience associe le cœur, l’âme, et l’esprit s’il s’unit au cœur, ainsi que le corps également. Elle commence par la communion avec une autre personne que soi, pour partager une joie, ou pour partager une souffrance, dans le cas de la compassion. Elle est une dilatation de soi, à la fois pour rejoindre autrui et être accueilli par lui, et pour accueillir cette autre personne chez nous, dans l’intimité de notre moi profond et personnel.

Les limites de la dualité

« Trouver du bonheur à communiquer le sien » semble une expérience « parfaite » parce qu’elle est un élargissement de soi, un très grand amour pour autrui que nous nous réjouissons de savoir aussi heureux que nous le sommes. Toutefois, du point de l’expérience trinitaire, ceci n’est qu’un début, et il est proposé à l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu un bonheur plus grand et digne d’être qualifié parfait. En effet, dans une communication du bonheur restée sur un plan de dualité, de dialogue, finalement, deux personnes se suffisent l’une à l’autre, peut-être dans un égoïsme à deux, un va et vient du bonheur limité à deux partenaires.

La dépendance d’autrui

Par ailleurs, se réjouir de communiquer son bonheur à autrui peut être le symptôme d’une âme qui ne vit qu’à travers les autres, qui n’est heureuse que par le truchement d’autrui, ou qui a besoin de la sanction d’autrui pour croire qu’elle est heureuse ou même oser l’être. Mais, indéniablement, l’homme cherche à sortir de son auto suffisance égoïste pour accéder à la vie personnelle (hypostatique) pour laquelle il est créé.

La confirmation de l’amour par l’Esprit

La forme la plus élevée du bonheur est connue de celui ou celle qui se réjouit du bonheur que partagent une, deux ou plusieurs personnes. Cette expérience, nous disait Père Dumitru Stàniloae, est proprement associée à la personne divine du saint Esprit. L’Esprit atteste l’amour et le bonheur auxquels ont part le Père et le Fils, et en exulte. Trouver du bonheur dans celui que les autres trouvent ensemble est la forme la plus gratuite, la plus désintéressée et la plus divine du bonheur. Elle est de nature angélique : les anges ni les hommes ne sont divins par nature, mais ils peuvent être déifiés par grâce. C’était la forme trinitaire de bonheur à laquelle était invité le fils aîné dans la parabole du Fils prodigue. Comme il refusa de se réjouir du bonheur et de l’amour mutuel de son père et de son frère, il fut incapable de participer au banquet qui l’attendait. Celui qui se réjouit du bonheur des autres goûte une joie véritable, une communion réelle au bonheur d’autrui, la joie nuptiale du Royaume.

Communion des personnes dans la joie

Si chacun fait cette expérience de communier à la joie des autres, et si cette expérience est mutuelle et partagée, la personne humaine goûte sans nul doute la joie divine du monde qui vient. L’épanouissement de la personne est total, parce que l’amour et le bonheur s’élargissent de deux personnes vers une troisième : une personne sait se réjouir du bonheur de deux autres ; et deux personnes savent être comblées du bonheur d’une troisième, expérience que peuvent faire des parents. Plus qu’une « communication » de son bonheur à autrui pour le réjouir, c’est une communion au bonheur qu’il a indépendamment de nous et sans que nous en soyons la source.

Le cadeau de la joie

La joie est alors un présent qui nous vient d’autrui, et que nous lui rendons en nous réjouissant pour lui. Cette joie qui nous est donnée en partage par le bonheur des autres est illustrée par un prisonnier des geôles bolcheviques qui n’avait pas vu la lumière du soleil pendant un an, et qui était toujours dans la joie. Quand on l’interrogeait, il confessait qu’il se réjouissait de savoir que sa femme et ses enfants étaient libres et goûtaient sans entrave la lumière du jour.

> photo du prêtre Henri Lacordaire


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