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J’ai du mal à être un homme

La virilité –

Les normes de la virilité sont souvent proposées – ou imposées – par la culture, par l’éducation, sous une forme  ou sous une autre. « Sois un homme ! », « be a man ! », ces injonctions qui se rapportent généralement à un idéal de masculinité fait de courage, de dureté, d’endurance, de supériorité, avec quelque chose de militaire, en arrière-plan. Suivant cette norme, qui peut avoir son côté chevaleresque, et peut promettre une solide responsabilité, on se réfère à une virilité combattante, compétitive, où la maîtrise de soi – et des autres – est la grande vertu. Encore en arrière, on déchiffre la puissance musculaire de la force, de la fécondité et de la capacité sexuelle. De nombreuses civilisations se sont construites autour de cet idéal masculin.

La masculinité du Fils de l’Homme

Le Fils unique et Verbe de Dieu, en se faisant chair et se faisant homme, s’est fait masculin. Il a assumé la masculinité et la virilité sous la forme transfigurée de la virginité : le Seigneur Jésus Christ est l’homme vierge qui offre une virilité libre de toute préoccupation de domination, de jouissance d’autrui et de fécondité charnelle ; sa masculinité est sans pouvoir ; elle est une masculinité oblative, manifestée sur la Croix et dès le matin de la Résurrection, une fécondité charismatique. Le Christ a transfiguré la masculinité, et nous contemplons celle-ci sur toutes les icônes du Verbe fait chair. Dans sa relation même avec le féminin, Il manifeste sa liberté : sa virilité est souveraine. Toutefois, comme toute masculinité, elle est relative, elle se définit par rapport à la féminité. Sa personne ou hypostase transcende le genre masculin qui appartient à la nature divine ; elle assume ce genre et le porte à sa perfection pour le proposer à tout homme, comme l’a exprimé l’apôtre Paul dans son épître aux Éphésiens (5, 24) : « maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle ». Le Christ est le masculin à la fois vierge et époux, comme la Mère de Dieu est la féminité transfigurée, à la fois vierge et mère. Le Fils de Dieu est également l’image parfaite du Père (Jean 14, 9), d’une virilité supérieure faite de fécondité dans l’Esprit, de bienveillance et de miséricorde. Seul le Père engendre le Fils unique ; seul le Père exhale l’Esprit pour engendrer parmi les hommes des fils et des filles « nés d’En haut ».

Acquisition de la virilité du Christ

Il nous est proposé de chercher dans le Fils à combler toute quête personnelle d’une authentique virilité. Nous pouvons commencer par remercier le Seigneur de nous avoir fait masculin, c’est-à-dire par choisir ce qui nous a été donné, considérer qu’être homme plutôt que femme est l’expression de la volonté divine, et un don divin. Il en est de même d’être femme, car il nous faut retrouver le genre, non plus comme expression de la culture, mais comme don de Dieu. Ensuite, conscients de notre difficulté à être masculins selon Dieu, nous pouvons le prier. Cette prière pourrait être formulée ainsi.

Prière pour demander l’authentique virilité

« Je te remercie, Seigneur, de ce que Tu m’as donné d’être un homme ! Car Tu as choisi de t’incarner, non seulement selon la nature humaine, mais selon la nature masculine. Rends-moi digne, Seigneur, de ta sainte et véritable virilité ! »

L’urgence

Cette quête est des plus urgents à notre époque. Une des fonctions historiques de l’Église est d’apporter à la civilisation humaine le contenu juste de l’humanité, dans sa virilité et dans sa féminité. La structure hétérosexuelle accordée à l’humanité par le Créateur a été approfondie quand le Verbe, c’est-à-dire le Créateur Lui-même, a assumé ce qu’Il avait créé : l’homme et, particulièrement le masculin. On ne peut espérer le si désirable renouveau du mystère du couple dans l’Église et dans la société sans la révélation que le Christ apporte dans l’Évangile et dans la Tradition apostolique du masculin et du féminin. Du reste, la masculinité que nous contemplons dans le Christ correspond probablement à l’aspiration féminine : une masculinité déchargée de l’obsession génitale, désintéressée et tendre, attentive aux besoins de l’âme et du corps de l’épouse ; la masculinité oblative et, en même temps, forte, paternelle et consolante, de l’époux.