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Une épidémie de grippe

La peur de la mort –

L’épidémie dont souffre actuellement un grand nombre de peuples de la terre coïncide avec l’entrée dans le saint et grand Carême. Dieu ne veut que le bien des hommes et de toutes ses créatures. Nous savons par la sainte Écriture que certains fléaux sont permis par lui pour nous conduire au repentir. La pensée de la mort, le souvenir de notre mortalité, peuvent nous réveiller de notre inconscience et de notre superficialité. Nous avons peur de la mort. Dieu ne punit pas : Il réveille. La Bible indique la pédagogie paternelle du Dieu de miséricorde. Le Christ parle de cela en Luc 13, 4. Dans nos paroisses, il serait bénéfique de méditer ensemble ces paroles.

Le péché est toxique

Le Carême est, par lui-même, non seulement la période très festive de renouvellement de la grâce baptismale chez les membres du peuple de Dieu, mais une période de désintoxication de l’âme et du corps. C’est une période de purification, à la fois pour les baptisés asservis à nouveau à leurs passions, et pour le monde lui-même, qui bénéficie de la démarche ascétique que font les chrétiens pour sortir des diverses dépendances. Cette période nous est donnée par Dieu pour nous purifier de nos angoisses de mort. Le virus corporel est l’image des formes de dépendance – ces virus spirituels – que connaissent l’âme et l’esprit de l’homme. Suivre le Carême avec conscience est ainsi la première façon d’assumer l’épidémie dont souffre l’humanité. L’Église ne subit pas la pression de l’actualité : elle assume les joies et les peines des hommes par sa prière, son ascèse, son repentir et sa sagesse.

Des actes

Il est des offices spéciaux pour les temps d’épidémie (Grand Euchologe, p. 499) et nous pouvons les suivre par compassion pour nos frères, croyants et non croyants. Mais le saint Carême comporte déjà par  lui-même toute une panoplie qui nous est offerte pour faire du bien à autrui, à nos proches, à nos ennemis, et à nos propres communautés et familles. La prière associée au jeûne ou à l’abstinence ; la lecture assidue de la Parole en nourriture quotidienne ; le pardon mutuel ; nos nombreux et profonds offices carémiques et le repentir, surtout, en tant que haine du péché, constituent les armes les plus fortes contre toute épidémie persécutant les corps ou les âmes – car le péché est une épidémie. Le chrétien se purifie pour le monde. Quand il se sanctifie en Dieu, il élève la communauté humaine dans la santé de l’âme et du corps.

L’abstinence du baiser

D’une façon plus matérielle, pour ainsi dire, nous pouvons, dans nos communautés, nous abstenir du baiser fraternel : nous le retrouverons à Pâques, quand nous confesserons de tout notre cœur que le pouvoir de la mort est vaincu. Le dimanche du Pardon, nous avons échangé ce baiser en nous demandant pardon mutuellement. Laissons ce baiser, à présent, non pour obéir à l’esprit du monde, mais pour purifier cette accolade de toute impureté : convoitise, sensualité, hypocrisie, superficialité, baiser de Judas… Le renoncement carémique au baiser fraternel, comme au baiser aux saintes icônes, est une pratique ascétique, un jeûne : nous ressentirons dans la nuit de la Résurrection le renouveau de cette marque d’affection fraternelle et sacramentelle.

Le lavement des mains

Nous pouvons également nous purifier en entrant dans l’église. Ne lavons pas seulement notre âme de toute impureté pour nous présenter devant Dieu ; mais, comme les anciens, lavons également nos mains, c’est-à-dire nos actes, pour offrir au Seigneur, d’un cœur et de lèvres pures, en élevant des mains sans souillure, le sacrifice qui lui est agréable. Comme dans la Bible, accomplissons ces ablutions à la porte de nos temples. Or, nous le savons, le sacrifice qui plaît à Dieu (Ps 50), est celui par lequel nous exprimons, à son égard et à l’égard du prochain, un cœur brisé de gratitude et d’amour parfait.