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On ouvre et on ferme les portes : pourquoi ?

Le ciel et la terre –

Dans la prière que Dieu nous a apprise, nous disons : « Père nôtre, qui es aux cieux…advienne ta volonté, comme au ciel, ainsi sur la terre ! » Notre expérience est celle de la jonction du ciel et de la terre, du monde invisible et du monde visible. Bien plus, c’est celle de la rencontre entre ce qui est, non seulement céleste, ou angélique, mais supra céleste, avec ce qui est terrestre : Dieu, en effet, transcende à la fois le visible et l’invisible, le céleste et le terres.

La jonction du visible et de l’invisible

L’espace liturgique est organisé de façon à nous initier à la conjonction du visible et de l’invisible, du sensible et de l’intelligible, de l’humain et du divin. Chaque église exprime dans son architecteur cette réalité : un cercle signifiant le ciel repose généralement sur un carré qui est la terre. Et, à l’intérieur, l’espace est modulé en trois parties : le nartex, qui, à l’entrée de l’église, signifie le monde ; la nef, où se tient le Peuple de Dieu ou Israël ; le sanctuaire, qui correspond au saint des saints du Temple de Salomon et qui est souligné, en principe, par un voile, par une balustrade légère ou murale portant les icônes du Dieu Homme et de la Mère de Dieu.

La connaissance comme « dévoilement »

Cette architecture intérieure a été décrite par l’apôtre Paul dans sa lettre au Hébreux, par Denys le Mystique, auteur des écrits aréopagitiques, notamment les Noms divins, la Hiérarchie céleste et la Hiérarchie ecclésiastique. Cette description est suivie par de nombreux Pères, notamment saint Maxime le Confesseur dans sa Mystagogie. Elle peut se résumer dans le mot « révélation », synonyme de « dévoilement ». La connaissance de la Divinité, de sa sagesse et de sa bonté, ne relève pas de la démarche conceptuelle : elle est donnée dans une illumination progressive, de dévoilement en dévoilement.

Le mouvement des portes saintes

Ceci explique le mouvement des portes saintes de façon rythmée au cours des offices liturgiques. Tandis que les portes royales sont ouvertes ou fermées définitivement à l’entrée de la nef, les portes du sanctuaire sont fermées pour signifier le caractère céleste et invisible de ce qui s’opère à l’autel, et ouvertes pour manifester la venue miséricordieuse du Seigneur au milieu de son peuple : pour les paroles « paix à tous ! » ou « que les miséricordes du Seigneur soient avec vous tous ! », pour la sortie solennelle du saint Évangile, de la Croix et surtout du Calice. Elles sont ouvertes également chaque fois qu’est signifiée l’entrée solennelle du Fils pour siéger sur le trône qu’est l’autel. Elles ornent la Porte par où passe le Bon Pasteur, le Verbe incarné.

Le mystère de l’union

Le rituel liturgique utilise ainsi un langage et une pédagogie. Quand les portes sont fermées, elles vont être bientôt ouvertes pour dévoiler la sagesse divine, tout au moins ce qui peut en être dévoilé, car elle est insondable et inépuisable. « Sur la terre comme au ciel » définit en quelque sorte l’action liturgique, l’union, et non la séparation, de la terre et du ciel, des saints et de leur Père céleste, ainsi que, d’une autre façon encore, l’unité sans confusion de la divinité et de l’humanité, en la personne divine du Christ, ou mystère de l’Incarnation déifiante.

(a.p. M.-A.) – 03/10/21