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Chrétien et citoyen

Les pièges –

Le premier serait de nous retirer complètement, pour ne pas nous salir ; de refuser l’ombre de la compromission ; d’abdiquer en fait notre citoyenneté et de nous abstenir par exemple de nous rendre aux urnes. Une autre illusion consiste à s’identifier à une tendance, à un parti, voire à une idéologie ou une philosophie politique, même à une morale sociale, en pensant que ceux-ci sont compatibles ou cohérents avec la foi chrétienne. Nous avons du mal en tout cas à appliquer le précepte évangélique et à être « dans » le monde sans être « du » monde. Et il est vrai que cela demande une acrobatie spirituelle et morale de chaque jour, beaucoup de discernement, quelquefois de l’humour, de la patience, beaucoup d’humilité et la foi, surtout, en Dieu.

La citoyenneté chrétienne

Le fondement de la citoyenneté chrétienne est, non pas l’état civil, mais la foi dans le Christ, c’est-à-dire Dieu incarné, fait homme et demeurant à jamais incarné et homme, tout en étant Dieu et à la droite de Dieu. C’est bien parce que le Fils de Dieu est invisiblement et réellement présent dans le monde, dans son monde, qui est également le nôtre, que nous ne pouvons ni abandonner le monde et la société civile à eux-mêmes, ni nous confondre avec eux sans voir, dans la transparence, la présence divine en toute situation. Or, du Fils de Dieu lui-même il est dit, dans la divine liturgie selon saint Basile, que nous célébrons le dimanche en temps de Carême, qu’ « Il a été fait citoyen de ce monde ». Dieu n’est pas seulement par l’Incarnation la Tête divine de toute l’humanité ; mais Il est également un homme parmi les hommes, un parmi nous, un citoyen parmi d’autres, particulièrement discret. Notre citoyenneté s’enracine dans la sienne parce que nous sommes, par le baptême, ses membres.

Le parti évangélique

Participer à la vie sociale et politique avec discernement, mais participer, n’est donc pas seulement l’accomplissement du commandement évangélique de « rendre à César ce qui est à César » (Matt 22, 21), c’est-à-dire accomplir notre devoir de citoyens. Mais, plus encore, le chrétien qui se montre actif et conscient dans la société civile rejoint le Christ invisiblement présent « parmi nous », se solidarise avec lui, s’agrège à son parti, le parti évangélique du Seigneur Jésus. Par la grâce du saint Esprit, il peut acquérir le discernement et des yeux pour voir la présence de celui qui est « au milieu de nous » (Jean 1, 26). Pouvons-nous avoir les yeux toujours dirigés sur lui, sur sa sainte icône, son visage divino humain dans la foule humaine ? Pouvons-nous agir comme Il agit ? Faut-il seulement l’imiter, marcher à sa suite, prendre son exemple, ou bien, plus profondément, être les signes tangibles de sa présence en son monde ?

L’action divino humaine

Le Christ, dans le monde, agit directement par le saint Esprit, depuis l’intérieur de la nature humaine et de la communauté humaine. Mais Il agit également par sa parole que portent ses disciples, et par les actes que ceux-ci accomplissent en cohérence avec cette parole, et qui doivent pouvoir être reconnu comme les siens – « ce qui est à Dieu » ainsi « rendu à Dieu ». Le Christ est à la fois celui qui est secouru dans ceux que l’on secourt, et Celui qui secourt ceux qui en ont besoin. Il est également Celui qui donne son intelligence à ceux qui la demandent, et sa force aimante à ceux qui veulent agir par sa volonté. Le chrétien est un être politique, non parce qu’il s’identifie à un parti de ce monde, mais parce qu’il veut dans le monde ce que Dieu veut, et que rien de ce qui advient dans la Cité ne lui est étranger ; tout est vu dans la perspective du Salut, de la manifestation glorieuse du Christ, du Jugement ultime où tout pouvoir de ce monde aura à rendre compte de sa gestion (Luc 16, 2) au Roi crucifié de ce monde.