L’annonce pascale –
Chers Frères et Sœurs, nous célébrons aujourd’hui le dernier dimanche du saint et beau Carême. Dimanche prochain sera l’entrée glorieuse et humble, dans la Cité de David, du Créateur fait homme. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, cette entrée se prépare : « les disciples étaient en route vers Jérusalem et Jésus les conduisait ». Et le Seigneur annonce ce qui se prépare : « le Fils de l’homme sera livré… Il sera mis à mort et, trois jours après, Il ressuscitera ». Le Dieu-Homme annonce la Pâque dont Il va être à la fois le Pontife suprême et la Victime sacrificielle, « grand-prêtre des biens à venir », est-il dit dans l’épître : « le Christ, par l’éternel Esprit, s’est offert lui-même comme victime innocente ». Telle est la célébration qui s’annonce.
Le statut de disciple
Il nous est révélé ainsi notre statut de disciple et de membre de l’Église. Le disciple marche à côté du maître. Nous voyons que le Seigneur enseigne, non depuis une chaire ou un bureau, mais en marchant. Le Maître enseigne ses disciples pas à pas, avec calme, au rythme du corps et de sa respiration. Nous suivons celui qui nous a dit « suis-moi ! » Nous mettons nos pas dans ses pas. Mais, être disciple, ce n’est pas seulement suivre le maître et écouter sa parole. Jésus définit lui-même le disciple : c’est celui et celle qui est baptisé de son baptême et qui boit à sa coupe. Les deux sacrements fondamentaux sont indiqués ici comme union à ce que fait notre Maître et notre Dieu. Être disciple, c’est faire ce que fait le maître et être ce qu’Il est. Nous serons dignes du nom de chrétien dans la mesure où nous nous assimilons au Christ.
Le mystère de l’Église
Ceci dévoile le sens de l’Église. Le Christ, par sa Pâque, est en train de fonder l’Église. Il la construit, si l’on peut dire, sur la célébration de son propre sacrifice pascal. C’est pourquoi la divine Liturgie est tellement importante. L’Église prend forme comme un corps consacré, une hiérarchie, dont le Chef ou Tête est « le grand prêtre », Jésus et Messie. Ses disciples le suivent par la foi, et s’agrègent à son humanité divinisée par le baptême et par l’eucharistie. Dans ce corps, il n’existe pas de chef qui « tienne les gens sous son pouvoir », ni de « puissant… qui dispose d’eux ». Le contraste avec la situation actuelle de la planète est impressionnant. Et le contraste avec ce qu’est le christianisme quelquefois n’est pas moins saisissant.
Réinventer notre religion
Le temps pascal, la célébration pascale par elle-même, nous permettent de réinventer l’Église, quelle que soit la forme par laquelle nous la connaissons – paroisse, monastère, famille, fraternité… Par l’Esprit saint, qui inspire le sacrifice de soi à la Tête de l’Église comme à ses membres, nous réinventons notre conception de la religion. Ce n’est pas une institution dans laquelle on obtient des places, un organisme où notre besoin de reconnaissance trouve à être satisfait. C’est le monde de l’amour inconditionnel par lequel on sacrifie sa vie pour ceux qu’on aime, comme Dieu le fait. L’originalité prophétique de l’Église est là : une expérience totalement originale par rapport à tout ce que proposent les cultures et particulièrement notre civilisation. La vraie culture, la culture du monde qui vient, est la culture de l’amour qui, au lieu de sacrifier les autres à soi, aime davantage autrui qu’il ne s’aime lui-même.